
La région saharienne, aujourd’hui aride, était jadis un lieu verdoyant. En effet, au cours des millénaires, entre 12 500 et 3000 av. J.-C., le Sahara a connu une phase de verdure luxuriante, qualifiée par les scientifiques de période humide africaine, ou “Sahara vert”. Cette époque a vu des communautés humaines s’établir dans la région, y pratiquant la chasse, la pêche et même l’élevage de bétail, activités inimaginables dans le paysage désertique actuel.
Les conditions climatiques contemporaines du Sahara, avec leur chaleur intense et leur rayonnement ultraviolet, ont entraîné la dégradation de l’ADN ancien. Par conséquent, les informations sur les premiers habitants de la région sont limitées. Cependant, un progrès scientifique majeur a été réalisé avec le séquençage de deux génomes entiers provenant de ce Sahara vert, révélant un isolement génétique par rapport aux autres groupes humains d’Afrique.
Les archéologues ont fait une découverte significative en fouillant l’abri-sous-roche de Takarkori, situé dans le sud-ouest de la Libye. Ils y ont déterré les restes d’une quinzaine de femmes et d’enfants. Parmi eux, l’ADN de deux femmes, âgées d’environ quarante ans, a pu être exploité. Ces femmes vivaient dans cette région il y a plus de six mille ans avant notre ère.
La découverte sur le site de fragments de poterie avec des résidus de lait animal suggère que ces femmes appartenaient à un groupe d’éleveurs. Ce groupe aurait été présent dans la région deux mille ans avant leur époque, au moment où le pastoralisme a commencé à émerger en tant que mode de vie.
Selon Nature, cette transition vers l’élevage a marqué un changement significatif dans les modes de vie des habitants du Sahara, jusqu’alors chasseurs-cueilleurs. Bien que l’on ait supposé que ces habitants aient acquis des pratiques d’élevage via des mariages avec des migrants venus du Levant, l’analyse génétique révèle l’absence de liens entre les femmes de Takarkori et d’autres populations.
Nada Salem, paléogénéticienne à l’institut Max-Planck, a exprimé son étonnement devant ces résultats. Elle a déclaré à Nature : “On est restés perplexes devant ces résultats. Comment se fait-il que cette lignée ne se soit pas étendue vers l’est, vers l’ouest ou vers le sud ?”
Eugenia D’Atanasio, généticienne des populations, a partagé son étonnement quant à l’absence de flux génétique notable. Elle a confié à Science : “se serait attendue à un flux de gènes plus important”. Toutefois, Savino Di Lernia, qui a dirigé les fouilles, conclut que le Sahara vert a été plus un passage pour les idées et les technologies que pour les populations humaines.



