Animaux

Les loups disparus il y a douze mille ans retrouvent-ils vie grâce aux technologies actuelles ?

Rob Laurens

La biotechnologie permet désormais de modifier directement le génome des espèces vivantes et même de recréer des organismes disparus. Colossal Biosciences, entreprise texane opérant sur un site secret, affirme avoir ressuscité le loup terrible, un canidé éteint depuis plus de douze mille ans. Trois spécimens blancs au pelage dense, nommés Romulus, Remus et Khaleesi, évoluent actuellement dans une réserve écologique de deux mille acres sous surveillance constante.

Ces créatures représentent les premiers résultats visibles d’un ambitieux projet de dé-extinction. Le projet repose sur l’analyse génomique de fossiles datés de treize mille à soixante-douze mille ans. Les résultats, partiellement issus d’une étude publiée dans Nature en 2021, remettent en question l’histoire évolutive de cette espèce. La création de ces spécimens hybrides soulève des enjeux scientifiques, écologiques et éthiques considérables.

Le loup terrible, Aenocyon dirus, mesurait jusqu’à 1,5 mètre de long et pesait vingt-cinq pour cent de plus que les loups gris actuels. Il possédait une tête plus large et une mâchoire puissante, adaptées à une alimentation exclusivement carnivore basée sur les chevaux, bisons et camélidés. Disparu il y a dix à douze mille ans à la fin de la dernière période glaciaire, ce canidé appartenait à une lignée évolutive distincte divergeant de celle des loups modernes il y a cinq virgule sept millions d’années.

Colossal Biosciences n’affirme pas avoir recréé un loup terrible pur à cent pour cent, mais une version génétiquement proche basée sur un génome hybride. La base cellulaire utilisée est celle du loup gris, plus proche parent vivant. Le génome des créées est à quatre-vingt-dix-neuf virgule cinq pour cent identique au génome reconstitué du loup terrible. Vingt modifications ciblées sur quatorze gènes ont été effectuées via l’outil CRISPR, affectant la taille, la musculature, le pelage et la pigmentation.

Ces cellules génétiquement modifiées ont produit des embryons clonés transférés dans des chiennes de grande taille. Sur huit gestations, trois ont abouti, produisant deux mâles en octobre et une femelle début 2025. Une seconde femelle n’a pas survécu. Colossal affirme avoir atteint une étape sans précédent, bien que subsiste un débat scientifique sur le nombre de gènes à modifier pour considérer qu’une espèce est recréée.

Au-delà de la médiatisation autour du retour des loups terribles, Colossal Biosciences met en avant un objectif plus large : appliquer ses technologies à la préservation d’espèces menacées. L’entreprise a récemment annoncé la naissance de quatre loups rouges clonés, issus de lignées génétiques rares. Ce canidé du sud-est américain compte moins de vingt individus à l’état sauvage et représente l’une des espèces les plus menacées d’Amérique du Nord.

Contrairement aux méthodes classiques de clonage, les chercheurs de Colossal ont développé une technique basée sur un simple prélèvement sanguin. À partir de cellules souches circulantes, ils ont généré des clones viables. Cette méthode permettrait d’accélérer les procédures de reproduction assistée tout en limitant les contraintes sur les animaux donneurs, selon l’entreprise.

Colossal a également créé un woolly mouse, une souris génétiquement modifiée arboran un pelage épais inspiré du mammouth. Ce projet illustre la volonté d’étendre la boîte à outils génomique à d’autres espèces. Le Dakota du Nord s’est rapproché de Colossal pour envisager l’application de ces technologies à la préservation des bisons. Cependant, ces expérimentations soulèvent des interrogations sur l’impact réel sur les écosystèmes naturels.

La résurrection partielle du loup terrible suscite fascination et inquiétude au sein de la communauté scientifique. Si certains saluent la prouesse technique, d’autres dénoncent un projet aux objectifs flous, influencé par le marketing et des financements privés. L’implication de figures comme Tom Brady, Paris Hilton ou Peter Jackson interroge sur les motivations réelles. Julie Meachen, paléontologue, affirme qu’il ne s’agit pas d’un retour du loup terrible mais d’une version génétiquement modifiée du loup gris, une créature nouvelle sans écosystème d’origine.

Robert Klitzman, bioéthicien à Columbia, appelle à la prudence. Manipuler des gènes anciens soulève des risques biologiques : on pourrait produire un animal aux comportements imprévus ou dangereux. Il met en garde contre les effets sur la chaîne trophique en cas de réintroduction, reconnaissant néanmoins que ces outils pourraient servir la conservation écologique.

L’idée d’un retour dans la nature reste largement théorique. Christopher Preston, professeur de philosophie environnementale à l’Université du Montana, juge cette ambition difficilement crédible actuellement. Maintenir les populations de loups gris face à des politiques hostiles s’avère déjà difficile, rendant l’accueil de canidés génétiquement modifiés improbable.

Actuellement, Romulus, Remus et Khaleesi ne sont pas préparés à la vie sauvage. Élevés dans un environnement ultra-sécurisé et nourris par l’homme, ils ne remplissent aucune fonction écologique. Leur existence soulève une question centrale : veut-on restaurer la nature ou la reconstituer artificiellement ?

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