Animaux

Le plus grand stégosaure jamais mis au jour surpasse largement les estimations scientifiques antérieures sur la taille maximale de cette espèce

Aliou Sembène

Des ossements exceptionnels ont été découverts en 1950 dans le bassin d’Uinta, en Utah. Deux humérus géants, accompagnés d’autres os du membre antérieur, sont restés longtemps ignorés. Ces fossiles appartiennent à un stégosaure ou à une espèce apparentée et dépassent toutes les dimensions connues. Les humérus mesurent 70 et 74 centimètres, soit 38 % plus longs que ceux d’un stégosaure adulte moyen.

Ces restes proviennent de la formation de Morrison, datée de 156 à 147 millions d’années, un site majeur pour étudier Stegosaurus. Environ 80 individus y ont été retrouvés, dont Stegosaurus ungulatus, long de 7,5 mètres environ. Les nouveaux os remettent en question cette référence. Leur importance a été reconnue récemment lors d’un réexamen des collections du musée.

Ces fossiles avaient été éclipsés par les géants contemporains comme Brachiosaurus et Diplodocus. Un os a même été initialement attribué à un sauropode. Rebecca Hunt-Foster, du Dinosaur National Monument, explique que personne n’avait prêté attention à ces pièces exceptionnelles auparavant, tant elles se confondaient avec d’autres découvertes.

L’analyse révèle des caractéristiques typiques des stégosaures : une forme en haltère vue de face et une crête marquée à l’insertion des muscles. L’équipe ne peut déterminer ni le genre exact ni l’espèce. Il pourrait s’agir de Stegosaurus, Hesperosaurus ou Alcovasaurus. Ces os sont bien plus grands et épais que tous les spécimens connus, sauf un humérus de 68 centimètres légèrement plus court.

En supposant des proportions corporelles classiques, ce dinosaure aurait pesé environ 7,2 tonnes, une masse remarquable pour un ornithischien. Cette taille approche celle des sauropodes, ce qui interroge les chercheurs. Les dinosaures ornithischiens atteignaient rarement de telles dimensions, peut-être disposaient-ils d’autres moyens de défense ou d’adaptations différentes.

Faute d’autres parties du squelette, ces os ne permettent pas de trancher sur le rôle des plaques dorsales. Défense, thermorégulation, séduction ou reconnaissance restent des hypothèses. Le mode de reproduction de ce géant demeure énigmatique, tant ces structures semblent incompatibles avec l’accouplement.

Ce spécimen oublié pendant 76 ans rappelle que des découvertes majeures peuvent dormir dans les collections sans attirer l’attention. Les fossiles étaient exposés à l’Utah Field House depuis longtemps, sans susciter d’intérêt public. Avec un matériel fragmentaire, il est impossible de décrire une nouvelle espèce, mais cette trouvaille élargit notre compréhension de la diversité des stégosaures.

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