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Les incendies de la toundra alaskienne atteignent une intensité sans précédent depuis trois millénaires au moins

Romain Mazzotti

Une étude menée par l’Université de l’Alaska Fairbanks révèle que les incendies ravagent la toundra arctique à des niveaux sans précédent depuis au moins 3000 ans. Cette région écologique exceptionnelle, englobant la toundra côtière et celle des contreforts arctiques, connaît une intensification dramatique des feux au cours du vingtième siècle. Les chercheurs ont analysé les trois derniers millénaires pour établir des comparaisons rigoureuses avec la situation contemporaine.

La toundra, composée principalement de mousses, lichens, bruyères et petits arbres, constitue un écosystème habituellement caractérisé par des incendies rares et de faible ampleur. L’humidité, le froid et la biomasse limitée expliquaient historiquement cette stabilité relative. Cependant, le changement climatique et l’assèchement progressif des sols ont provoqué une augmentation spectaculaire de la fréquence et de l’intensité des feux. Cette région, reconnue comme exceptionnelle biologiquement par le Fonds mondial pour la nature, devient de plus en plus vulnérable.

Pour reconstituer l’historique des incendies, les scientifiques ont prélevé des carottes de sol jusqu’à 50 centimètres de profondeur sur neuf sites distincts en 2015. Ces échantillons contenaient du pollen, des fragments végétaux, du charbon de bois et des micro-organismes révélateurs. La datation au radiocarbone et au plomb a permis de déterminer précisément l’âge des couches stratigraphiques et de reconstituer les cycles de feu, l’humidité relative et la composition végétale ancienne.

Les données paléoenvironnementales montrent qu’avant l’ère chrétienne, les incendies restaient très limités, une tendance maintenue durant deux millénaires. Entre 1200 et 1900, l’activité des feux demeurait faible malgré une légère augmentation vers le dixième siècle. Le tournant décisif s’est produit au vingtième siècle, particulièrement après 1950 avec l’apparition de niveaux d’incendies jamais enregistrés auparavant.

L’analyse comparative avec les observations modernes et les données satellitaires révèle un phénomène alarmant. Les feux actuels brûlent plus intensément, consomment davantage de biomasse et libèrent moins de résidus carbonisés. Ces caractéristiques distinctes signalent un changement fondamental du régime des feux qui pose des défis majeurs pour l’écosystème arctique. Cette transformation rapide soulève des questions importantes concernant la résilience future de cette région écologique d’importance mondiale.

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