Animaux

Un serpent fossile défie toute classification entre les espèces terrestres et aquatiques connues jusqu’à présent

Aliou Sembène

Les collections muséales renferment parfois des trésors oubliés pendant des décennies. À Hordle Cliff, sur la côte sud de l’Angleterre, un serpent fossile découvert au début des années 1980 a dormi longtemps dans un tiroir. Ce spécimen minuscule remet aujourd’hui en question les catégories établies depuis plus d’un siècle. Son étude tardive montre que l’histoire du vivant n’avance pas toujours en ligne droite.

Le site de Hordle Cliff est bien connu des paléontologues depuis le XIXe siècle pour ses reptiles fossiles étudiés par Richard Owen. En 1981, des microvertèbres y ont été collectées par tamisage. À l’époque, ces os minuscules sont brièvement mentionnés comme atypiques, puis rangés dans les collections du Natural History Museum de Londres sans étude approfondie. Ces découvertes tardives restent fréquentes dans les musées modernes.

Quarante ans plus tard, les chercheurs ont examiné attentivement ces vertèbres. Ils ont découvert qu’elles proviennent toutes d’un même serpent, bien plus ancien que prévu et radicalement différent de tout ce qu’ils connaissaient jusqu’alors. Les paléontologues doivent régulièrement réinterpréter des milliers de fossiles à la lumière de nouvelles méthodes d’analyse.

L’étude détaillée menée grâce à la microtomographie révèle une combinaison anatomique déroutante. Les os sont courts, massifs et dotés de structures internes inhabituelles, notamment une hypapophyse marquée sur l’ensemble de la colonne. Certaines caractéristiques évoquent les russellophiidés, des serpents semi-aquatiques disparus, tandis que d’autres rappellent les acrochordidés aquatiques actuels. Aucune comparaison ne tient pleinement, car plusieurs traits clés s’écartent nettement de ces familles reconnues.

Cette mosaïque anatomique suggère une lignée très ancienne, apparue à un moment charnière de l’évolution des serpents modernes. Les chercheurs Georgios L. Georgalis et Marc E. H. Jones décrivent ce spécimen comme un nouveau genre et une nouvelle espèce, baptisés Paradoxophidion richardoweni. Cette découverte révèle une lignée encore inconnue, restée invisible jusqu’à ce jour.

L’âge du fossile, estimé à environ 37 millions d’années, correspond à une période où le climat de l’Angleterre était bien plus chaud qu’aujourd’hui. Des reptiles tropicaux prospéraient sous des latitudes désormais tempérées. L’existence d’un serpent aux affinités incertaines prend tout son sens dans ce contexte ancien et différent.

Faute de crâne ou de membres conservés, le mode de vie exact de cet animal reste indéterminé. Aquatique, semi-aquatique ou strictement terrestre, toutes les hypothèses restent ouvertes. Cette incertitude reflète une biodiversité ancienne bien plus riche que les classifications actuelles. Le fossile montre à quel point l’évolution a produit des formes difficiles à classer et des branches fantômes cachées dans l’arbre du vivant.

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