Espace

Cette météorite découverte en France renferme des grains de matière bien plus anciens que notre Soleil lui-même

Rob Laurens

L’humanité observe depuis des millénaires des pierres tombant du ciel. Néanmoins, l’étude chimique systématique débute au dix-huitième siècle avec Lavoisier. Les recherches scientifiques complètes commencent au début du dix-neuvième siècle, notamment suite à l’investigation menée par Jean-Baptiste Biot en 1803 sur la chute de la météorite de l’Aigle en France.

Ernst Chladni, physicien allemand et fondateur de l’acoustique, formule la première hypothèse scientifique : les météorites proviendraient du système solaire. Attirées par la gravité terrestre, elles pénètrent l’atmosphère à haute vitesse, s’échauffent par friction et deviennent lumineuses avant d’atteindre la surface.

Au cours du siècle dernier, les connaissances progressent considérablement grâce à la spectrométrie de masse et aux explorations spatiales. Les météorites révèlent l’histoire primordiale du système solaire. La plupart proviennent de la ceinture d’astéroïdes entre Mars et Jupiter. Certaines rares specimens ont une origine lunaire ou martienne.

Des chercheurs et collectionneurs parcourent les déserts terrestres en quête de ces messages célestes. Leurs découvertes permettent d’identifier et d’étudier de nouvelles catégories de météorites. Jean Redelsperger, collectionneur français, a découvert une trouvaille remarquable : Chwichiya 002, une météorite chondritique carbonée extrêmement primitive classée CT3.

Cette météorite a été trouvée au Maroc en 2018 près du village de Haouza, formée de nombreux petits fragments portant encore des traces de croûte de fusion. Les analyses initiales menées par Jérôme Gattacceca du Cerege révèlent une chondrite carbonée de type C3.00 non classifiée, le type le plus primitif jamais découvert.

Des études supplémentaires effectuées par différents laboratoires internationaux indiquent une possible relation avec les astéroïdes Ryugu et Bennu. Ces deux astéroïdes font l’objet de missions spatiales en cours. Plusieurs dizaines de grains pré-solaires ont été identifiés dans les échantillons de Chwichiya 002.

Les grains pré-solaires constituent des matériaux fascinants découverts également dans la célèbre météorite de Murchison, tombée en Australie en 1969. Ces grains sont plus anciens que le Soleil lui-même. Ils se sont condensés dans les atmosphères d’étoiles prédécesseurs, bien avant la naissance de notre Soleil, il y a environ 4,5 à 4,6 milliards d’années.

Ces grains pré-solaires proviennent du milieu interstellaire. Ils constituent une mémoire des étoiles qui les ont produits. Résistants et réfractaires, ils ont survécu aux transformations du jeune système solaire en conservant leur composition originelle. Les cosmochimistes peuvent les analyser pour reconstituer leur histoire.

Le cycle galactique implique des étoiles naissant dans des nuages moléculaires géants. À la fin de leur existence, elles éjectent poussières et éléments lourds via des novae et supernovae. Ces matériaux retournent au milieu interstellaire, formant de nouveaux systèmes stellaires et planétaires. Les atomes de nos corps proviennent de ce processus cosmique.

Les principales sources de poussières galactiques sont les supernovae et les étoiles de la branche asymptotique des géantes. Ces étoiles, possédant entre une et huit masses solaires, expulsent violemment leurs couches supérieures. Les conditions physico-chimiques dans ces vents favorisent la synthèse de poussières. La composition précise des grains dépend fortement des caractéristiques individuelles de chaque vent stellaire.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page
Fermer