
L’océan peut connaître des périodes d’obscurité prolongées, similaires aux phénomènes atmosphériques. Ces épisodes d’obscurité extrême peuvent persister pendant plusieurs mois, causant des dommages significatifs aux écosystèmes marins. Une récente étude publiée dans Communications Earth & Environment met en lumière ce phénomène peu étudié jusqu’alors, révélant son impact dévastateur sur la vie sous-marine et la productivité des océans.
Le chercheur François Thoral souligne que la lumière demeure un facteur fondamental pour la productivité marine et l’ensemble de la chaîne alimentaire. Avant ces travaux, aucun cadre cohérent n’existait pour mesurer les réductions extrêmes de lumière sous-marine. Les scientifiques ont donc créé une nouvelle terminologie pour désigner ce phénomène : les « vagues sombres marines », permettant une meilleure compréhension et identification de ces événements critiques.
Les scientifiques distinguent désormais entre l’assombrissement graduel des océans, observé depuis des décennies, et les épisodes brutaux et soudains provoqués par des tempêtes, des proliférations d’algues ou des dépôts de sédiments. Ces courtes périodes d’obscurité résultent souvent d’événements naturels comme les incendies de forêt, les cyclones ou les glissements de terrain. Ces courtes périodes obscures causent des dégâts comparables à l’assombrissement lent et progressif, justifiant une analyse spécifique de ces phénomènes.
L’équipe de recherche a développé une méthodologie inspirée des systèmes de détection des vagues de chaleur marines. Plusieurs critères ont été établis, notamment la durée minimale, l’ampleur de la perte lumineuse relative à la saison et la profondeur affectée. En appliquant ce modèle à plus de vingt années de données collectées près de la Californie et de la Nouvelle-Zélande, les chercheurs ont identifié entre 25 et 80 vagues sombres marines. Certaines ont duré jusqu’à 64 jours, bien que la plupart se limitaient à cinq ou quinze jours.
Les causes de ces événements incluent les tempêtes majeures, notamment le cyclone Gabrielle en 2023, ainsi que la déforestation, les incendies et les efflorescences phytoplanctoniques. Bien que l’étude ne quantifie pas directement les dégâts écologiques, elle s’appuie sur des recherches antérieures démontrant que même les courtes périodes de faible luminosité perturbent la photosynthèse des forêts de kelp, des herbiers et des coraux, altérant le comportement des poissons et mammifères marins.
Cet outil novateur s’avère essentiel pour les communautés côtières, les autorités locales et les défenseurs de l’environnement marin. Il fournit des données précises permettant d’orienter les décisions de conservation et de protection des écosystèmes océaniques, offrant une base scientifique solide pour les politiques de gestion marine future.



