Civilisations

Les morts accompagnaient les vivants dans ce char datant de trois mille cinq cents ans

Romain Mazzotti

Les représentations conventionnelles des attelages à bœufs suggèrent une technologie primitive et lente. Cependant, certains véhicules datant de plus de trois millénaires révèlent une sophistication remarquable. En Arménie, un chariot de bois découvert sous une tombe princière démontre une ingéniosité stupéfiante. Cette découverte remet en question nos conceptions sur l’histoire du transport et son émergence géographique.

Au cours des années 1950, l’abaissement du niveau du lac Sevan en Union soviétique a exposé une nécropole contenant plus de 800 sépultures datées entre 2000 et 1200 avant notre ère. Le site de Lchashen a livré plusieurs chariots complets, souvent accompagnés de restes animaux, d’armes et de statuettes. Ces découvertes archéologiques témoignent d’une richesse matérielle exceptionnelle pour cette période.

Le plus remarquable de ces véhicules mesure deux mètres de longueur et porte des traces décoratives visibles. Assemblé avec précision en chêne selon la technique tenon-mortaise, il possède quatre roues pleines de 1,6 mètre de diamètre. Ces dimensions suggèrent une capacité à franchir des terrains accidentés, au-delà des simples fonctions cérémonielles. L’objet aurait appartenu à un chef ou dignaire de haut rang.

L’invention de la roue remonte au Néolithique mésopotamien vers 3500 avant notre ère. Les chariots couverts à quatre roues sont apparus ultérieurement, entre le IIIe et le IIe millénaire. Le chariot de Lchashen représente l’un des plus anciens exemplaires de véhicule couvert à roues pleines préservés. Contrairement aux charrettes primitives, ce véhicule combine robustesse et raffinement esthétique.

La structure comprend plus de 70 éléments en bois assemblés sans clous, renforcés par des composants en bronze. Des incisions géométriques et des figures animales ornent le véhicule, révélant une dimension symbolique au-delà de l’utilité fonctionnelle. Les sociétés caucasiennes maîtrisaient les principes de traction, de stabilité et de répartition des charges. Ce savoir-faire avancé indique une circulation des connaissances techniques sur des distances considérables.

Une douzaine de chariots ont été exhumés sur le site de Lchashen, fréquemment associés à des figurines miniatures de chevaux ou de véhicules. Ces objets réduits ne servaient pas uniquement à des fins ludiques ou pédagogiques. Ils symbolisaient le pouvoir et matérialisaient les croyances religieuses, avec parfois des détails d’attelage extrêmement précis.

Des tombes similaires contenant des véhicules funéraires ont été identifiées du Pays de Galles au Xinjiang, attestant une tradition commune entre cultures lointaines. Le site de Lchashen demeure unique par son état de conservation et la variété des objets retrouvés. L’ensemble suggère une société stratifiée, capable de mobiliser des artisans qualifiés et des ressources rares pour honorer ses défunts dans l’au-delà.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page
Fermer