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Les bactéries miroirs constituent-elles une menace réelle pour la vie terrestre ou relèvent-elles du fantasme scientifique ?

Rob Laurens

Les grandes molécules biologiques possèdent une propriété fondamentale : elles s’orientent dans une direction spécifique. Cette caractéristique, appelée chiralité, s’observe dans les protéines, l’ADN et l’ARN. Comme un gant gauche ne convient qu’à la main gauche, les molécules chirales ne peuvent interagir qu’avec d’autres molécules présentant une chiralité compatible.

Deux orientations chirales existent : la forme L et la forme D, désignées par les termes latins laevus et dexter. Un fait remarquable unifie toute la vie terrestre : elle utilise exclusivement des protéines L et des sucres D. Même les Archaea, microorganismes chimiquement distincts, respectent cette règle universelle concernant leurs molécules principales.

Depuis des années, les chercheurs envisagent la création de biopolymères inversés, composés de protéines D et de sucres L. Des progrès significatifs ont été récemment réalisés avec le développement d’enzymes synthétisant de l’ARN et de l’ADN aux orientations opposées. Ces molécules miroirs fonctionnent exactement comme leurs équivalents naturels.

Cette découverte a conduit les scientifiques à envisager la création d’une cellule vivante entièrement constituée de ces molécules inversées. Les bactéries miroirs représenteraient des outils de recherche exceptionnels, permettant d’explorer un nouvel arbre de la vie et de résoudre des défis majeurs en bioingénierie et biomédecine.

Une vie miroir présentant une chiralité opposée posséderait des propriétés similaires aux organismes naturels. Ces cellules pourraient coexister dans le même environnement, concurrencer les ressources et se comporter comme tout organisme vivant. Elles échapperaient aux infections et systèmes immunitaires car les prédateurs ne sauraient les reconnaître.

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