Planète

L’éruption volcanique qui a ouvert la voie à la Grande Peste noire du Moyen Âge

Aliou Sembène

À partir de 1347, l’Europe connaît une catastrophe épidémiologique sans précédent. La peste noire décime environ vingt millions de personnes en Occident sur quatre ans. La bactérie responsable, Yersinia pestis, provient d’Asie centrale, du massif de Tian Shan. Elle voyage par navires marchands jusqu’aux ports italiens avant de ravager le continent. Le taux de mortalité atteint entre soixante-dix et quatre-vingts pour cent parmi les infectés.

Pourquoi cette pandémie fut-elle aussi meurtrière et rapide ? Les historiens se posent cette question depuis longtemps. Récemment, deux chercheurs européens, Martin Bauch et Ulf Büntgen, proposent une explication novatrice. Ils relient cette catastrophe à des perturbations climatiques antérieures, révélant ainsi des connexions ignorées jusqu’alors.

Les éruptions volcaniques perturbent gravement le climat mondial. Les aérosols soufrés rejetés haut dans l’atmosphère réfléchissent la lumière solaire vers l’espace, provoquant un refroidissement anormal. Les carottes de glace antarctiques et groenlandaises révèlent une forte concentration de particules volcaniques en 1257 et vers 1345. Cette dernière date coïncide avec une éruption volcanique non identifiée. Des documents historiques témoignent d’une visibilité atmosphérique réduite à cette époque.

Entre 1345 et 1346, une ou plusieurs éruptions volcanique précèdent l’épidémie. Des textes français et italiens décrivent des étés exceptionnellement froids et humides. Les récoltes s’effondrent simultanément en Espagne, France, Italie, Égypte et au Levant. Cette synchronisation suggère une cause climatique mondiale, non locale. Une population affaiblie par la famine devient proie idéale pour Yersinia pestis.

La malnutrition sévère affaiblit considérablement les organismes humains. Elle force aussi les plus pauvres à quitter leurs terres, les transformant en vecteurs involontaires de maladies. Cette dynamique s’ajoute aux contextes de guerre et d’insécurité alimentaire de l’époque.

Les villes italiennes cherchent des solutions aux pénuries alimentaires. Le prix du blé atteint des sommets. En 1347, Venise et Gênes signent un traité avec la Horde d’Or, qui lève l’embargo sur les céréales de la mer Noire. Les navires chargés de grains deviennent involontairement des transporteurs de puces infectées. Les ports italiens reçoivent ces expéditions à la fin 1347.

L’épidémie frappe d’abord les grands ports, notamment Marseille en décembre 1347. Elle se propage ensuite aux régions voisines recevant des céréales. Rome et Milan, n’ayant pas importé de blé de la mer Noire, échappent à la première vague. Cette théorie renouvelle l’historiographie classique attribuant l’arrivée de la peste aux rats infectés embarqués depuis Caffa.

Une enquête interdisciplinaire mêlant paléoclimatologie, économie et histoire démographique éclaire ces aspects obscurs. La peste noire résulte d’une convergence : perturbations climatiques, famines généralisées, stratégie commerciale et circulation maritime. Cet épisode reste gravé dans les mémoires collectives, particulièrement depuis la pandémie de Covid-19.

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