
Les douleurs lombaires touchent plus d’un demi-milliard de personnes à travers le globe et, selon l’Organisation mondiale de la santé, représentent la première cause d’invalidité. Les traitements actuels reposent principalement sur des analgésiques classiques comme l’ibuprofène, qui peuvent provoquer des effets secondaires importants s’ils sont pris sur une longue période, ou encore sur des opioïdes souvent associés à un risque élevé de dépendance.
Face à ces limites, l’industrie du cannabis médical met en avant diverses préparations à base de marijuana ou de cannabidiol (CBD) censées soulager la douleur. Jusqu’à récemment, les chercheurs soulignaient toutefois l’absence d’études rigoureuses prouvant leur efficacité réelle dans le traitement des douleurs chroniques.
Le 29 septembre 2025, une avancée a été publiée dans la revue scientifique Nature Medicine : les résultats d’un essai clinique de phase 3 contrôlé par placebo, mené auprès de plus de 800 personnes souffrant de douleurs lombaires chroniques résistantes aux médicaments habituels. Les participants ont évalué leur douleur sur une échelle de 1 à 10 après avoir consommé soit un extrait de cannabis appelé VER-01, soit un placebo, durant une période allant de trois mois à un an.
Au terme de douze semaines, ceux ayant reçu une dose de 2,5 milligrammes de THC par le biais de l’extrait ont constaté une réduction de leur douleur de 1,9 point en moyenne, contre 0,6 point dans le groupe placebo. Cette diminution de la douleur s’est accentuée après six mois, atteignant 2,9 points supplémentaires pour les utilisateurs de l’extrait.
Par ailleurs, les patients traités avec l’extrait de cannabis ont rapporté une amélioration notable de leur sommeil, de leurs capacités physiques ainsi que de leur qualité de vie. L’étude indique qu’à cette dose, l’extrait n’entraîne ni dépendance ni effets indésirables graves, les principaux effets secondaires rapportés étant temporaires : vertiges, somnolence, sécheresse de la bouche et nausées, tous atténués au fil du temps.
Matthias Karst, auteur principal et professeur en médecine de la douleur à la faculté de médecine de Hanovre, a précisé à l’AFP qu’aucun “effet euphorisant” n’avait été observé au cours des essais. Selon lui, la variété VER-01 a été spécifiquement conçue pour répondre aux exigences des autorités médicales et pouvoir être prescrite pour les douleurs chroniques, ce qui ne signifie pas que tous les produits dérivés du cannabis ou du CBD seraient aussi efficaces : “l’essai ne prouve donc pas que ‘tous les produits à base de cannabis/CBD seraient aussi utiles’”, dit-il.
Andrew Moore, spécialiste de la douleur à l’université d’Oxford et non impliqué dans l’étude, a qualifié cette recherche de “formidable”, estimant qu’il s’agit “de la première à fournir des preuves de bonne qualité démontrant qu’un composant du cannabis peut être utile pour soulager la douleur”. Il prévient cependant contre l’assurance que l’extrait ne présente aucun risque d’addiction, rappelant que de telles affirmations ont parfois été remises en question par la suite.
Jan Vollert, chercheur à l’université d’Exeter également extérieur à l’étude, a tenu à souligner que cette “substance très spécifique” diffère sensiblement de la marijuana standard. Il a comparé cette distinction à celle qui existe “entre des noisettes et du Nutella : ils ont peut-être une base similaire, mais ils ne sont simplement pas comparables”.



