
Dans la vallée de Pisco, au sud du Pérou, se trouve un site archéologique énigmatique : Monte Sierpe. Une équipe internationale dirigée par Charles Stanish et Henry Tantaleán a récemment élucidé le mystère de cette bande de 1,5 kilomètre criblée de 5 200 trous. Ce site, connu depuis les photographies aériennes des années 1930, avait longtemps intrigué sans réponses satisfaisantes.
Pendant des décennies, les archéologues ont proposé diverses interprétations : système défensif, collecte d’eau, géoglyphe ou sépulture. Ces hypothèses n’expliquaient pas la disposition régulière des trous ni leur concentration en ce lieu aride. Des théories pseudoscientifiques se sont même développées autour du site. Les chercheurs ont décidé d’approfondir l’enquête en 2013, formulant une nouvelle théorie qui vient d’être confirmée.
L’analyse des charbons et fragments de céramique révèle une occupation datant de l’ère Chincha, entre 1000 et 1450. Les restes botaniques découverts contiennent 27 types de pollens différents, incluant maïs, coton, tomate et poivron. Or, cette région côtière ne peut naturellement produire ces cultures. Leur présence abondante indique des apports humains intentionnels destinés aux échanges commerciaux.
Les recherches suggèrent que Monte Sierpe fonctionnait comme un marché préinça transformé en centre fiscal inca. La disposition précise des trous, organisée en secteurs avec des motifs réguliers, correspond à un système comptable. Les contribuables venaient y déposer leurs impôts, ou mit’a, dans les trous assignés à leur communauté. Cette pratique s’inscrit dans la politique inca de tribut plutôt que de domination territoriale directe.
Des preuves supplémentaires corroborent cette hypothèse : des motifs carrés découverts sur un site inca voisin et un quipu ancien trouvé près de Pisco. Cependant, des questions demeurent. Les archéologues envisagent d’approfondir leurs datations pour déterminer si le site a été creusé progressivement ou en une seule période. La logistique impliquée reste aussi mystérieuse : aucune trace de corrals pour les lamas n’a été identifiée, alors que le transport des tributs aurait nécessité de vastes caravanes.



