Civilisations

Pourquoi faut-il toucher du bois pour conjurer le mauvais sort ?

Rob Laurens

Dans la vie quotidienne, nombre de personnes perpétuent sans réfléchir le geste de toucher du bois, souvent accompagné de la formule «je touche du bois». Ce réflexe s’impose dès lors qu’un soupçon de malchance plane, chacun cherchant fébrilement un morceau de bois à portée de main pour conjurer le mauvais sort.

La superstition liée à ce geste remonte à des millénaires. Déjà en 600 avant notre ère, les Perses avaient recours au bois pour s’attirer la faveur d’Atar, le dieu du feu. Ce rituel avait pour but de se prémunir contre l’adversité, même si l’on doute qu’ils prononçaient à voix haute la fameuse expression en touchant leur mobilier.

Chez les Égyptiens, la croyance attribuait au bois des vertus protectrices. Selon eux, le simple fait de le toucher permettait de bénéficier d’un magnétisme bénéfique, propice à la santé. Ce rapport presque mystique à l’arbre s’est ensuite retrouvé chez plusieurs civilisations.

Les Grecs ont quant à eux joué un rôle déterminant dans la diffusion de cette pratique. Convaincus que Zeus manifestait sa colère à travers la foudre, ils avaient remarqué que les chênes étaient fréquemment frappés par les éclairs. «Dès lors, aller caresser un chêne revenait à flatter Zeus, à calmer sa colère.»

Chez les Romains puis les Gaulois, le chêne a également conservé une dimension sacrée, mais au fil des siècles, c’est le bois en général qui s’est imposé comme symbole de chance. Arrivé au Moyen Âge, le rituel a été récupéré par les chrétiens, pour qui toucher du bois faisait référence à la croix du Christ, et permettait d’espérer une intervention divine.

Cette superstition s’illustre différemment selon les cultures. Par exemple, les anglophones préfèrent «frapper du bois» tandis qu’en Italie, on «tapote du fer». Ces variantes témoignent de l’adaptation de la croyance à des contextes locaux et à la disponibilité des matériaux.

Toucher du bois n’est cependant qu’une des nombreuses superstitions ancrées dans les habitudes. L’idée qu’il est malvenu de passer sous une échelle s’explique tant par des raisons pratiques que symboliques. Autrefois, cela exposait à des risques physiques, mais aussi à une dimension religieuse, car l’échelle contre un mur forme un triangle, figure de la Sainte Trinité. Rompre cette forme était perçu comme un sacrilège.

D’autres croyances persistent, comme le fait d’ouvrir un parapluie à l’intérieur d’une maison, ce qui était autrefois réellement dangereux à cause des mécanismes métalliques. Quant à briser un miroir, les Romains y voyaient une fracture de l’âme et associaient le nombre sept à un cycle de malheur, en raison de leur conception du développement humain.

Enfin, certaines habitudes apparemment anodines, comme poser un chapeau sur un lit, sont associées à la mort dans l’imaginaire collectif. Placer son couvre-chef sur un lit rappelait autrefois la présence d’un défunt dans la pièce, perpétuant la crainte d’attirer la malchance. Pour conjurer ce risque, il ne restait plus qu’à toucher du bois.

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