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Savez-vous pourquoi les pilotes de ligne parlent toujours anglais… Et même s’ils sont français ?

Hamza Chouraqui

Les conséquences d’une mauvaise compréhension linguistique en aviation sont parfois tragiques. L’histoire retient notamment la catastrophe survenue à l’aéroport de Los Rodeos, à Tenerife, en 1977, impliquant deux Boeing 747. Ce drame est survenu alors que le brouillard compliquait la communication entre les équipages et la tour de contrôle.

Dans cet épisode, le pilote du vol Pan Am 1736, incertain, sollicite des précisions auprès de la tour. À la consigne « leave the runway third, third to your left », il réplique « the first one or the third one ? ». Malgré la confirmation du contrôleur « third », une incompréhension subsiste et le pilote croit entendre « first ». Cette erreur de communication entraîne la collision avec le vol KLM 4805, provoquant la mort de 583 personnes.

Pour répondre à ce type de risque, l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) impose depuis 2008 un examen d’anglais destiné à tous les pilotes et contrôleurs du trafic aérien. Cette mesure vise à éliminer les barrières linguistiques rencontrées lors des communications entre équipages de nationalités différentes.

La maîtrise de l’anglais aéronautique est évaluée sur une échelle allant de 1 à 6, du niveau pré-élémentaire à l’expertise. Seuls les titulaires du niveau 4, 5 ou 6 sont habilités à exercer. Ceux qui obtiennent le niveau 4 doivent renouveler leur certification tous les trois ans, faute de quoi ils perdent l’autorisation de travailler à l’international.

L’emploi de l’anglais est ainsi rendu obligatoire pour tous les vols internationaux afin de garantir l’interopérabilité entre personnels de différentes origines. En revanche, lors des vols opérés à l’intérieur d’un même pays, les pilotes et contrôleurs sont autorisés à communiquer dans la langue nationale.

En France, le manuel de la Direction générale de l’aviation civile précise que « les langues utilisées dans l’espace français sont le français et l’anglais, sauf indication contraire publiée par la voie de l’information aéronautique ». Cela signifie qu’un équipage français sur un vol domestique peut s’exprimer en français, mais doit aussi maîtriser l’anglais en cas de vol hors du territoire.

Afin d’éviter toute ambiguïté, pilotes et contrôleurs emploient une phraséologie standardisée. Ce langage codifié permet d’être concis et sans équivoque, réduisant ainsi les risques d’incompréhension. Par exemple, « affirm » signifie « oui », « negative » veut dire « non », tandis que « roger » marque la bonne réception d’un message.

Lorsqu’un pilote entend une instruction et s’apprête à la suivre, il répond par « wilco ». Si la situation exige une attente, le terme « standby » est utilisé. Deux expressions sont réservées aux urgences : « mayday » pour signaler une détresse majeure, et « pan-pan » lorsqu’il s’agit d’une urgence qui n’engage pas la vie des personnes à bord.

L’ensemble de ces règles et de ce vocabulaire vise à garantir la sécurité des communications dans un milieu où la précision linguistique peut être décisive.

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