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La survie de l’eau dans des conditions extrêmes s’explique par une roche exceptionnellement plus résistante que le diamant

Hamza Chouraqui

Aux débuts de notre planète, il y a 4,6 milliards d’années, la Terre était un enfer de magma en fusion où aucune vie ne pouvait émerger. Les collisions incessantes avec des astéroïdes maintenaient une chaleur extrême à la surface, rendant impossible la stabilité de l’eau liquide. Cette énigme scientifique persiste depuis longtemps : comment les océans actuels, couvrant deux tiers de la planète, ont-ils pu subsister face à des conditions si hostiles?

Pendant des décennies, les scientifiques ont supposé que l’eau provenait uniquement d’astéroïdes glacés arrivés ultérieurement. Cependant, une nouvelle explication émerge désormais. Une partie significative de l’eau terrestre aurait été emprisonnée dès l’origine dans les profondeurs du manteau, échappant ainsi à l’évaporation dans l’espace. Cette découverte, publiée en décembre 2025 dans la revue Science, bouleverse notre compréhension de l’évolution terrestre.

Au cœur de ce mécanisme se trouve la bridgmanite, un minéral méconnu mais omniprésent dans le manteau profond. Les chercheurs dirigés par le professeur Zhixue Du ont découvert que cette roche possède une capacité remarquable à capturer l’eau à des températures et pressions extrêmes. Grâce à des cellules à enclumes de diamant reconstituant les conditions à plus de 660 kilomètres de profondeur, les expériences ont démontré que l’eau s’intègre directement dans la structure cristalline du minéral.

Les résultats surpassent les prévisions antérieures. La bridgmanite piège l’eau avec une efficacité croissant avec la température, ce qui signifie que son potentiel de stockage était maximal quand la Terre était la plus chaude. Le manteau inférieur aurait ainsi constitué le plus grand réservoir hydrique de la planète, possiblement de cinq à cent fois plus important que les estimations précédentes.

Cette eau souterraine n’a pas demeuré inerte. En modifiant les propriétés des roches du manteau, elle a facilité le mouvement des plaques tectoniques et activé la convection interne. Progressivement, elle s’est échappée par les volcans, enrichissant l’atmosphère primitive et contribuant à la formation des océans actuels. Cette « eau fantôme » a transformé une planète stérile en un monde habitable.

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