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Pourquoi les femmes vivent-elles plus longtemps que les hommes ? Les scientifiques répondent à la question

Baptiste Lacomme

Aux États-Unis, l’écart d’espérance de vie entre les sexes reste marqué, les femmes vivant en moyenne environ cinq ans de plus que les hommes. Cette tendance se retrouve au Canada, où l’écart est similaire, et s’observe également chez la plupart des mammifères.

Selon la Dre Dena Dubal, « C’est un phénomène très répandu dans le monde entier, qui se maintient même en cas de maladie, d’épidémie, voire de famine ». Ce constat demeure vrai indépendamment de facteurs tels que le revenu ou le lieu de résidence.

Toutefois, cette longévité supérieure ne signifie pas pour autant une meilleure santé. Bérénice Benayoun souligne que l’espérance de vie en bonne santé des femmes est généralement plus courte que celle des hommes. Les femmes âgées sont plus exposées à certains problèmes, notamment les maladies cardiovasculaires ou neurodégénératives après la ménopause.

L’âge est un facteur de risque important pour ces maladies, nuance Mme Benayoun. Les différences liées à la manière dont les hommes et les femmes vieillissent font l’objet de nombreuses recherches, dans l’espoir de mieux comprendre et d’améliorer la santé de tous.

Sur le plan biologique, la configuration des chromosomes sexuels jouerait un rôle. Les travaux de la Dre Dubal chez la souris indiquent que la présence d’un second chromosome X confère un avantage en termes de longévité : « Il y avait quelque chose dans le deuxième chromosome X qui protégeait les souris d’une mort prématurée, même si elles avaient des testicules », dit Mme Dubal.

Les mécanismes précis chez l’humain restent à élucider, mais la similarité des systèmes hormonaux laisse penser que ces résultats pourraient être transposables. Par ailleurs, les facteurs épigénétiques liés à l’environnement ou au mode de vie pourraient accentuer ou atténuer les écarts entre les sexes, d’après Montserrat Anguera.

Le rôle des hormones, en particulier des œstrogènes, est également étudié pour son influence sur le système immunitaire. Mme Benayoun explique : « Il existe des données solides montrant qu’au moins avant la ménopause, le système immunitaire féminin est meilleur, plus actif et plus en mesure de provoquer des réponses ». La baisse des œstrogènes à la ménopause affaiblit cette protection.

Les comportements et modes de vie contribuent aussi à la différence de longévité. Moins de femmes s’adonnent au tabac ou à l’alcool, des habitudes associées à une mortalité accrue. Les femmes ont aussi davantage tendance à adopter des comportements préventifs et à entretenir un réseau social, facteurs protecteurs selon Kyle Bourassa.

Des études récentes montrent qu’elles sont moins susceptibles de décéder par surdose ou suicide. Par ailleurs, les hommes sont plus exposés à la violence ou aux risques liés à certains emplois, ce qui affecte leur espérance de vie, comme l’a observé Naoko Muramatsu lors de la pandémie de COVID-19.

L’ensemble de ces paramètres, sociétaux, biologiques et comportementaux, explique la persistance de l’écart. « Ça s’explique probablement de mille façons », résume Alan Cohen. Malgré la possibilité d’agir sur certains de ces facteurs, il est encore difficile d’évaluer précisément l’impact de telles modifications, rappelle Kyle Bourassa : « Ça prendra des essais contrôlés randomisés pour démêler tout ça ».

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