
Située à trente kilomètres au nord de Jacksonville en Floride, Amelia Island ne s’étend que sur vingt et un kilomètres. Pourtant, ce petit territoire insulaire concentre une histoire coloniale extraordinaire. L’île a connu huit drapeaux différents au cours des siècles, passant sous domination française, espagnole, britannique et même pirate. Cette succession de conquêtes reflète les enjeux majeurs de la colonisation européenne en Amérique du Nord.
Bien avant l’arrivée des Européens, les Timucua occupaient cette région depuis au moins mille ans avant notre ère. Ce peuple autochtone contrôlait un territoire s’étendant sur cinquante mille kilomètres carrés entre la Géorgie et la Floride actuelles. Les fouilles archéologiques révèlent des occupations humaines remontant à plus de quatre mille cinq cents ans, témoignant des Mocamas, Guales et Yamasee successivement installés sur l’île.
En mille cinq cent soixante-deux, l’explorateur français Jean Ribault débarque sur l’île, alors nommée Napoyca. Il décrit le site comme l’une des plus belles prairies existantes. Sous contrôle français, elle devient l’île de Mai, mais trois ans plus tard, les forces espagnoles de Pedro Menéndez de Avilés conquièrent le territoire. L’occupation espagnole s’impose pour plus de deux cents ans, entrecoupée d’une brève période britannique. Le nom Amelia Island provient du gouverneur colonial James Oglethorpe, qui l’honore ainsi la princesse Amelia, fille du roi George II.
En dix-huit cent douze, des insurgés américains nommés patriotes d’Amelia Island saisissent l’île avec l’approbation du président James Madison. Leur contrôle dure un an avant la reprise espagnole. En dix-huit cent dix-sept, le soldat Gregor MacGregor proclame la République des Florides, aussitôt remplacée par le pirate Louis-Michel Aubry. Les États-Unis reprennent définitivement l’île en décembre dix-huit cent dix-sept.
Fernandina, l’unique ville d’Amelia Island, a été fondée en dix-huit cent onze en l’honneur du roi Ferdinand VII d’Espagne. Son quartier historique, Old Town Fernandina, regroupe plus de trois cents bâtiments inscrits au registre national. Les demeures victoriennes et rues plantées de palmiers créent une atmosphère intemporelle. Le Palace Saloon, ouvert en mille neuf cent trois, reste le plus ancien bar actif de Floride.
Fort Clinch, construit à partir de mille huit cent quarante-sept, occupe la pointe nord de l’île en position stratégique. Bien que ses travaux n’aient jamais été totalement achevés, il joua un rôle clé pendant la Guerre de Sécession. Après abandons et restaurations successives, le site devient parc d’État en mille neuf cent trente-cinq. Des bénévoles en uniformes d’époque animent régulièrement les lieux.
Amelia Island possède une histoire cruciale liée aux Afro-Américains. L’île représentait une étape du Middle Passage, la traversée forcée d’esclaves africains vers l’Amérique. Au vingtième siècle, American Beach devint une station balnéaire créée en mille neuf cent trente-cinq par Abraham Lincoln Lewis, premier millionnaire noir de Floride. Cette plage promettait repos et détente sans humiliation aux visiteurs afro-américains exclu des autres littoraux.



