Animaux

Les invasions européennes de la fourmi noire brillante Tapinoma magnum s’accélèrent depuis plusieurs années maintenant

Annabelle Chesnu

Une espèce de fourmi envahissante, Tapinoma magnum, s’installe progressivement en Europe. Ces insectes noirs et brillants ne présentent pas de danger sanitaire direct, mais leurs colonies massives causent des dommages considérables dans les zones urbaines, agricoles et naturelles. La recherche scientifique s’intensifie pour comprendre cette invasion et développer des stratégies de contrôle efficaces.

Les invasions biologiques désignent l’introduction d’espèces hors de leur habitat naturel. Ces espèces perturbent les écosystèmes locaux en concurrençant la faune et la flore indigènes. Les fourmis constituent une part importante de ces envahisseurs. Bien que l’Europe ait longtemps été relativement préservée, plusieurs espèces problématiques menacent maintenant le continent.

En 2011, des chercheurs découvrent des fourmis du genre Tapinoma fortement envahissantes en France, Allemagne et Italie. Un réseau de recherche européen se constitue rapidement. Ces fourmis forment des supercolonies avec des nids interconnectés couvrant plusieurs hectares. Une analyse génétique de 2017 révèle que l’espèce supposée unique se divise en réalité en quatre espèces distinctes, dont Tapinoma magnum devient la plus problématique.

Les origines géographiques de ces fourmis varient selon les espèces. Tapinoma darioi serait indigène en Catalogne, tandis que Tapinoma ibericum provient probablement d’Espagne. Pour Tapinoma magnum, les analyses génétiques indiquent principalement le sud de l’Italie comme source. Les régions du Maghreb et la péninsule italienne constituent possiblement ses zones d’origine naturelles.

Le commerce de plantes anciennes, notamment les oliviers centenaires italiens, constitue le principal vecteur de dissémination. Des vendeurs de plantes dans plusieurs villes hébergent ces fourmis dans leurs stocks. Cependant, d’autres modes de transport émergent: véhicules privés, déchets verts, plantes ornementales et matériaux de construction transportent également ces insectes vers de nouvelles régions.

Ces fourmis possèdent des caractéristiques distinctives: corps noir brillant, petite taille entre deux et cinq millimètres, vitesse extrême de déplacement et odeur spécifique rappelant le beurre rance. Cependant, une identification certaine requiert d’observer plusieurs nids reliés par des pistes actives. La distinction entre les trois espèces envahissantes demande des analyses génétiques ou chimiques approfondies menées en laboratoire.

Les supercolonies s’étendent ou se contractent selon la température, l’humidité et les ressources disponibles. Ces fourmis se nourrissent principalement du miellat des pucerons, particulièrement sur les racines des plantes. Une colonie peut couvrir plus de vingt hectares si le terrain ne limite pas son expansion. Les mâles et nouvelles reines se développent au printemps, tandis que les ouvrières émergent au printemps et en automne.

Bien que ne posant pas de risque sanitaire majeur, ces fourmis infligent des dégâts substantiels en maraîchage. Elles terrasse le sol, dénudent les racines et élèvent massivement des pucerons. Les exploitants agricoles biologiques subissent parfois la perte de deux tiers de leurs revenus. En restauration, elles contaminent les cuisines et réduisent la fréquentation des terrasses extérieures.

Dans les zones vertes et partagées, ces fourmis diminuent l’utilisation des espaces par le public. Les entreprises de fabrication subissent des retours de produits contaminés. La diversité génétique de ces populations importées leur confère une adaptation remarquable. Le changement climatique accélère leur colonisation du territoire national, renforçant leur capacité à s’installer partout.

Plusieurs laboratoires français travaillent collectivement pour comprendre la dispersion et la reproduction de ces fourmis. Les équipes étudient leur génétique, écologie et développent des méthodes de lutte. Ces recherches devraient produire une stratégie de contrôle coordonnée dans les deux prochaines années. La collaboration entre chercheurs, collectivités locales et associations de terrain s’intensifie.

Pour les particuliers confrontés à une infestation suspectée, l’identification précise par un spécialiste demeure vitale. Contacter les voisins et la municipalité permet de coordonner une réponse collective. Localiser les nids au printemps et à l’automne dans le sol ou les objets du jardin constitue la première étape. Nover les nids avec de l’eau chaude ou déranger physiquement les colonies peut réduire les populations établies.

Utiliser des pièges improvisés avec des objets du jardin exposés au soleil permet d’attirer les fourmis lors de leur reproduction printanière. Éliminer les futures reines limite les reproducteurs la saison suivante. Ces méthodes demandent une mobilisation de main-d’œuvre trop importante pour les entreprises et collectivités, rendant la prévention essentielle pour ces acteurs professionnels.

La prévention requiert de vérifier l’absence de fourmis dans les espaces gérés, inspecter les plantes ornementales achetées et surveiller les transports de déchets verts. Limiter la présence sur les parkings empêche leur introduction dans les véhicules. Consulter les laboratoires de recherche pour obtenir des conseils adaptés à chaque situation locale reste fortement recommandé.

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