
Pétra demeure un site archéologique mondialement célèbre, attirant chaque année des milliers de visiteurs. Cependant, le peuple nabatéen qui construisit cette cité extraordinaire reste largement méconnu du grand public. Ces Arabes de l’Antiquité ont contrôlé un immense territoire entre le IVe siècle avant notre ère et l’an 106, période avant leur annexion par Rome.
Les Nabatéens dominaient les terres s’étendant de la Syrie méridionale jusqu’à l’oasis d’al-Ula en Arabie saoudite actuelle, englobant le Néguev et le Sinaï. Leur souverain, reconnu comme « roi des Arabes », commandait une puissante armée et régnait non seulement sur son peuple mais aussi sur diverses nations vassales. Le terme « arabe » lui-même apparaît d’abord dans les textes assyriens du IXe siècle avant notre ère, sous la forme Aribi, fonctionnant comme un terme générique comparable à « grec » ou « gaulois ».
Doushara constituait le dieu principal du panthéon nabatéen, avec un nom signifiant « Celui du Shara », référence à une montagne proche de Pétra. Ce nom reflétait un statut divin suprême plutôt qu’une désignation personnelle. Cette pratique partageait des similarités remarquables avec les traditions hébraïques, où la divinité restait également sans nom véritable. Les religions sémitiques manifestaient cette même réticence à nommer le divin, contrairement aux panthéons grecs et romains où chaque dieu possédait un nom propre distinct.
Un rituel central de la spiritualité nabatéenne impliquait l’adoration de pierres sacrées dressées appelées « bétyles ». Le terme provient de l’araméen bet-el signifiant « maison de dieu », reflétant la croyance que la divinité habitait dans ces objets. Les Nabatéens employaient le mot nésiba pour désigner ces idoles, évoquant un pilier ou une stèle. Des exemplaires découverts à Pétra et Hégra révèlent généralement une forme quadrangulaire, avec des représentations sculptées sur les rochers où les fidèles venaient prier et se prosterner.
Le principal bétyle nabatéen se dressait à l’intérieur du Qasr al-Bint, le grand temple central de Pétra. Cet idole aniconique mesurait environ 1,20 mètre de hauteur et reposait sur un socle doré. Selon les sources historiques, la pierre quadrangulaire noire, possiblement taillée dans une météorite, recevait les sacrifices des fidèles. Sur une vaste esplanade précédant le sanctuaire, un autel monumental en marbre de trois mètres de haut accueillait les sacrifices offerts par les souverains nabatéens, incluant bovins, ovins et peut-être chameaux, animaux étroitement associés au grand dieu.
Durant la grande célébration annuelle marquant la naissance de Doushara, les fidèles chantaient un hymne à la mère du dieu, nommée Chaamou, terme signifiant « Jeune fille » ou « Vierge ». Doushara lui-même portait le surnom « Unique enfant du Seigneur ». Ces parallèles frappants avec Jésus, né d’une conception virginale, constituent une coïncidence religieuse remarquable. Le théologien Épiphane de Salamine évoqua cette fête nabatéenne pour condamner la religion locale comme hérésie rivale du christianisme.
Épiphane soulignait trois emplacements où se déroulait la célébration de Noël de Doushara : le grand temple de Pétra, le sanctuaire d’Elousa dans le Néguev, et le temple de Koré à Alexandrie. Koré, déesse grecque signifiant également « Jeune fille », incarnait l’équivalent grec de Chaamou. Les Nabatéens établis à Alexandrie y avaient fondé un sanctuaire propre, une association religieuse rendant un culte fusionnant Chaamou avec les mystères grecs de Koré.
Au contact de la civilisation grecque, les Nabatéens reconnurent en Doushara des caractéristiques comparables à plusieurs divinités helléniques. Doushara s’assimilait à Dionysos comme puissance liée à la végétation, mais incarnait également Zeus en tant que plus grand dieu nabatéen. Certains indices suggèrent que Doushara fut perçu comme fils unique de son père, se confondant avec lui, préfigurant le concept de trinité que le christianisme développerait ultérieurement.



