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« Gazap » et « NEB-2 Ghost » : ce qu’il faut savoir sur les deux puissantes bombes non nucléaires de la Turquie

Hamza Chouraqui

L’édition 2023 du Salon international de l’industrie de la défense à Istanbul a servi de scène aux avancées militaires turques, illustrant la volonté du pays de s’imposer sur le marché mondial de l’armement. L’événement, réparti sur plusieurs sites emblématiques, a accueilli la présentation de nouvelles armes développées par le ministère turc de la Défense.

Parmi les innovations dévoilées, la bombe baptisée Gazap a suscité l’attention. Avec ses 970 kilogrammes, cette munition innove par sa capacité de fragmentation. Là où les bombes traditionnelles dispersent quelques fragments par mètre carré, Gazap en projette plus de dix, soit un bond technologique notable en matière d’efficacité.

La conception de Gazap repose sur l’intégration de 10 000 particules calibrées, permettant une dispersion uniforme sur une large zone lors de l’explosion. Cette approche diffère des dispositifs classiques, qui fragmentent de façon aléatoire. Nilufer Kuzulu, responsable du projet, souligne : « Contrairement aux bombes traditionnelles qui se fragmentent de manière aléatoire, Gazap utilise un système de fragmentation contrôlé et structuré, imitant l’effet d’une grenade défensive à grande échelle. »

Au-delà de sa fragmentation, Gazap se distingue par sa technologie thermobarique, générant une chaleur extrême et une pression accrue. Les spécialistes estiment que la température dégagée lors de la détonation peut atteindre 3 000°C, assez pour affecter des structures métalliques ou en béton. Les essais ont révélé une onde de choc impressionnante, s’étendant sur plus de cent mètres.

Autre révélation à Istanbul, la bombe NEB-2 Ghost s’adresse à des cibles différentes. Elle est conçue pour frapper des bunkers et des installations fortifiées, dépassant largement les capacités de pénétration des armes occidentales similaires. Alors que certains missiles américains s’arrêtent à moins de trois mètres de béton, NEB-2 traverse jusqu’à sept mètres de béton haute résistance.

La NEB-2 Ghost intègre également un système de détonation retardée sophistiqué. Au lieu d’exploser quasi immédiatement après l’impact, elle retarde la détonation de plusieurs centaines de millisecondes, ce qui lui permet de s’enfoncer profondément avant de libérer toute sa puissance destructrice. Des tests réalisés sur des îles isolées ont mis en évidence des dégâts conséquents sur de vastes zones.

Ces innovations reflètent l’évolution de l’industrie turque de défense, qui ambitionne de s’inscrire comme acteur influent sur la scène internationale. Les deux bombes sont compatibles avec les principaux avions de chasse turcs, et des adaptations pour drones sont envisagées. Cette montée en puissance technologique soulève toutefois des interrogations sur les équilibres militaires mondiaux.

Avec ces nouvelles armes, la Turquie se rapproche du niveau de destruction associé à certains armements stratégiques, sans franchir le cap du nucléaire. Cette évolution pourrait transformer la manière dont sont menés les conflits contemporains et rebattre les cartes des alliances et rivalités géopolitiques.

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