Les avancées en génétique offrent aujourd’hui un regard inédit sur les populations anciennes du Sahara, longtemps restées à l’écart des grands mouvements migratoires. Des analyses d’ADN réalisées sur des momies découvertes dans le sud de la Libye bouleversent la compréhension du peuplement de l’Afrique du Nord.
À une époque où le Sahara était encore recouvert de savane grâce à des moussons abondantes, des groupes humains ont évolué dans un environnement riche en faune, passant de la chasse-cueillette à l’élevage. Les fouilles archéologiques menées à Takarkori dans l’extrême sud-ouest libyen ont permis de mettre au jour plusieurs sépultures, dont certaines datent de près de 8 000 ans.
L’équipe dirigée par Savino di Lernia a fait des découvertes marquantes, notamment celle d’une première momie dès le début des fouilles. « Nous avons découvert la première momie dès le deuxième jour des fouilles, se souvient l’archéologue. Nous avons simplement écarté le sable et mis au jour une mandibule ».
Outre les corps momifiés, les archéologues ont mis au jour des poteries portant les plus anciennes traces de production laitière connues en Afrique, des indices de domestication précoce de céréales sauvages, et des œuvres d’art rupestre témoignant de scènes de chasse et d’élevage. L’extrême sécheresse du climat a permis une conservation exceptionnelle des restes humains.
Deux momies de femmes âgées d’une quarantaine d’années, décédées il y a environ 7 000 ans, ont particulièrement attiré l’attention des chercheurs. Ces restes humains datent d’une période de profonds bouleversements climatiques dans la région. Selon Nada Salem, paléogénéticienne à l’Institut Max-Planck, « La préservation de ces échantillons est inespérée ».
Pour la première fois, les chercheurs ont pu séquencer l’intégralité des génomes de ces momies, et comparer ces données à un large ensemble de génomes anciens et contemporains venus d’Afrique, d’Europe et d’Asie du Sud-Ouest. Cette démarche a permis de dresser une carte précise des origines et des relations de cette population.
Les analyses montrent que cette population saharienne appartenait à une lignée nord-africaine distincte, sans influence notable des populations subsahariennes. De façon surprenante, leurs liens génétiques les rapprochent de chasseurs-cueilleurs ayant vécu bien plus tôt dans la grotte de Taforalt au Maroc, révélant une étonnante continuité démographique.
Autre élément marquant, la comparaison avec le génome d’Homo sapiens de Zlatý kůň, en République tchèque, a révélé une parenté plus forte entre ces momies sahariennes et cette ancienne population européenne qu’avec les Africains subsahariens contemporains. Ces momies présentent aussi des traces d’ADN néandertalien, mais en très faible proportion, ce qui confirme leur origine africaine et leur isolement prolongé.
Ces observations suggèrent que l’élevage s’est diffusé dans le Sahara non pas par le biais de migrations massives, mais grâce à des échanges culturels entre groupes humains locaux. « Notre étude montre que le pastoralisme s’est implanté dans le Sahara vert non par migrations massives, mais vraisemblablement par des interactions culturelles », conclut Salem, remettant en cause les idées reçues sur la transmission des savoirs durant la préhistoire africaine.



