Santé

Une étude explique comment la pollution peut abîmer votre cerveau et augmenter le risque de démence

Esteban Ortega

D’importantes recherches menées à l’échelle mondiale suggèrent que la pollution atmosphérique pourrait être un facteur majeur dans le développement de la maladie d’Alzheimer, déjà responsable de la plupart des cas de démence. Selon une méta-analyse publiée dans The Lancet Planetary Health, la relation entre pollution et troubles neurodégénératifs se précise.

L’étude, conduite par l’université de Cambridge, s’est appuyée sur les données de près de 29 millions de personnes, issues de 51 études différentes. Elle identifie notamment trois polluants responsables d’une hausse du risque de démence : les particules fines, le dioxyde d’azote et la suie. L’exposition prolongée à ces substances s’est révélée particulièrement préoccupante.

Les particules fines d’un diamètre de 2,5 microns ou moins sont associées à une augmentation de 17 % du risque de démence pour chaque tranche supplémentaire de 10 microgrammes par mètre cube dans l’air. Le dioxyde d’azote, quant à lui, entraîne une hausse de 3 % pour la même tranche, tandis que la suie augmente le risque de 13 % par microgramme.

À Londres, les relevés effectués en 2023 montraient des concentrations de 10 µg/m³ pour les PM2.5, 33 µg/m³ pour le NO2, et 0,93 µg/m³ pour la suie, des niveaux préoccupants sachant qu’ils correspondent à des zones urbaines fréquentées. Ces polluants proviennent principalement du trafic routier, ainsi que de la combustion industrielle et domestique.

Les scientifiques avancent que l’inhalation de ces substances ne s’arrête pas aux poumons ; certaines particules traverseraient la barrière pulmonaire pour atteindre la circulation sanguine, puis le cerveau. Deux mécanismes sont évoqués pour expliquer l’impact sur la santé cérébrale : l’inflammation cérébrale et le stress oxydatif, qui endommage les cellules et l’ADN.

L’équipe souligne que la majorité des données provient de populations blanches vivant dans des pays industrialisés. Les communautés marginalisées, souvent confrontées à une pollution accrue, demeurent largement sous-représentées dans ces analyses. Les auteurs appellent à élargir les recherches à des contextes plus diversifiés.

Au vu de l’augmentation attendue du nombre de cas de démence dans le monde, qui pourrait dépasser les 150 millions d’ici 2050, les chercheurs exhortent à la mise en place de normes environnementales plus strictes. Ils recommandent aussi des politiques ciblant les principaux responsables de la pollution, notamment les transports et l’industrie, ainsi qu’une coordination internationale.

Le Dr Christiaan Bredell, principal co-auteur de l’étude, rappelle : « Ces résultats soulignent la nécessité d’une approche interdisciplinaire de la prévention de la démence. La prévention de la démence ne relève pas uniquement de la responsabilité des soins de santé : cette étude renforce l’idée que l’urbanisme, la politique des transports et la réglementation environnementale ont tous un rôle important à jouer. »

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