
Un rugissement puissant résonne à travers la forêt, figé dans le silence. Une lionne émerge progressivement entre les arbres dorés par le soleil déclinant, se rapproche de la route et s’étend sans crainte près des véhicules. Les visiteurs de la réserve de Gir, située dans le Gujarat en Inde, capturent ce moment rare avant de s’éloigner dans la nuit tombante.
La réserve de Gir, s’étendant sur 1 900 kilomètres carrés de savane et de forêt, demeure l’unique refuge naturel des lions d’Asie sur la planète. Ce sanctuaire a été progressivement construit grâce aux efforts persistants des autorités régionales, qui continuent d’élargir sa portée. Cependant, cette expansion suscite quelques préoccupations concernant la coexistence future entre ces félins et les populations humaines environnantes.
La population de lions a augmenté d’un tiers, passant de 627 à 891 individus selon le dernier recensement quinquennal. Le Dr Ramratan Nala, directeur de la réserve, qualifie cette croissance de succès majeur pour la conservation des espèces. Les lions d’Asie ont miraculeusement survécu après avoir frôlé l’extinction au début du XXe siècle, réduits à une vingtaine seulement en raison de la chasse, de la disparition des proies et de la destruction de leur habitat.
Les autorités ont mis en œuvre des mesures exhaustives incluant la sécurisation des puits, routes et voies ferrées, ainsi que la protection des villages et de la végétation. Contrairement aux lions africains, aucun braconnage n’a été signalé depuis plus d’une décennie à Gir. La population locale participe activement à leur protection, consciente de leur importance religieuse et économique, particulièrement pour l’attrait touristique qu’ils représentent.
Néanmoins, les lions s’aventurent désormais plus fréquemment hors de la réserve, colonisant une zone de 30 000 kilomètres carrés. Les incidents ont augmenté considérablement, avec le nombre d’animaux domestiques tués passant de 2 605 en 2019-2020 à 4 385 en 2023-2024. Les attaques contre les humains restent peu documentées officiellement, bien que des experts les estiment à environ 25 par année.
Une préoccupation majeure concerne la concentration génétique de la population. Conserver tous les lions en un seul endroit présente des risques face aux épidémies ou aux catastrophes. Les autorités du Gujarat ont refusé en 2013 de transférer des individus vers le Madhya Pradesh, argumentant que des petits groupes subsistent hors de la réserve. Le Dr Loveridge reconnaît que cette dispersion réduit légèrement les risques, mais souligne que diversifier génétiquement nécessiterait d’introduire d’autres individus.
Malgré ces défis, la stratégie indienne de protection s’avère efficace et bénéfique pour l’ensemble de l’écosystème. La réserve accueille plus de 400 autres espèces d’oiseaux, reptiles et mammifères, démontrant que les mesures favorisant les lions protègent également toute la biodiversité environnante.



