Animaux

Pourquoi les alligators avalent-ils parfois des pierres avant de disparaître sous l’eau ?

Aliou Sembène

Rencontrer un alligator dans les eaux de Louisiane ou de Floride n’a rien d’inhabituel, mais comprendre les habitudes alimentaires de ces animaux réserve parfois des surprises. Certains individus avalent volontairement des petites pierres, une pratique intrigante documentée chez diverses espèces de crocodiliens.

Ce phénomène, longtemps observé par des populations locales et consigné dès le XIXe siècle par Alexander von Humboldt, restait entouré de mystère. Humboldt avait noté que les crocodiliens avalaient des cailloux « pour augmenter leur poids », mais jusqu’à récemment, cette idée n’avait pas été validée scientifiquement.

Une étude américaine menée en 2019 a permis d’explorer ce comportement de façon expérimentale. Des jeunes alligators ont été nourris avec des galets de granit pesant 2,5 % de leur masse corporelle. Les chercheurs ont alors étudié l’impact de ces “gastrolithes” sur les capacités de plongée des animaux.

Les résultats se sont révélés frappants : sans cailloux, la durée moyenne d’immersion était de 5,9 minutes, tandis qu’avec les pierres, elle atteignait 11 minutes, soit une augmentation de 88 %. Les trois plus longues plongées passaient de 11,7 à 25,3 minutes en moyenne, avec un record à 35,4 minutes contre 14,7 sans gastrolithes.

Dans leur article, les auteurs précisent que « tous les alligators ont prolongé la durée de leur plongée maximale d’au moins 305 secondes après avoir reçu des gastrolithes ». L’explication avancée est que ces pierres servent de ballast, augmentant la densité corporelle et permettant aux alligators de respirer plus d’air tout en restant immergés.

Cette capacité à prolonger les plongées offre un avantage décisif, surtout aux jeunes reptiles, particulièrement vulnérables à la prédation. L’étude publiée dans le Journal of Experimental Biology rappelle que « les taux de prédation sont très élevés chez les juvéniles, souvent la proie d’oiseaux ou de prédateurs de surface ».

Leur squelette, encore cartilagineux, les rend plus flottants que les adultes, mais l’ingestion de pierres compense ce handicap naturel. Ce stratagème n’est pas l’apanage des alligators : des expériences sur des tortues vertes ont également montré que l’ajout de poids prolongeait leurs plongées, comme l’indique l’étude citée : « Des poids ajoutés ont prolongé les plongées volontaires chez les tortues vertes ».

Enfin, cette stratégie semble avoir une profonde racine évolutive, les paléontologues ayant retrouvé des gastrolithes dans le ventre de reptiles marins fossiles, tels que les plésiosaures. Ce comportement commun à différentes espèces aquatiques suggère une adaptation ancienne visant à optimiser la chasse et la survie sous l’eau.

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