Archéologie

Un submersible chinois dévoile d’incroyables images sur la fosse des Mariannes dans le Pacifique

Aliou Sembène

Au cours de l’été 2024, une équipe de scientifiques chinois a réalisé une série de plongées remarquables dans les grandes profondeurs du Pacifique, explorant la fosse des Kouriles et celle des Aléoutiennes. Cette mission visait à étudier la biodiversité qui subsiste entre 5 800 et 9 533 mètres sous la surface.

Le submersible Fendouzhe, capable d’atteindre près de 11 000 mètres, a servi d’outil principal pour ces recherches. Équipé de bras mécaniques, de caméras, de sonars et de foreuses hydrauliques, il permet l’exploration directe de zones marines encore largement inaccessibles pour la plupart des engins existants.

Comparé à d’autres submersibles, Fendouzhe repousse les limites. Là où le Nautile français et l’Alvin américain plafonnent à respectivement 6 000 et 6 500 mètres, l’appareil chinois peut transporter trois personnes à des profondeurs jusqu’alors peu étudiées. Cela ouvre la voie à l’observation de formes de vie rares et adaptées à l’extrême.

Mengran Du, chercheuse impliquée dans l’expédition, témoigne de l’expérience vécue à bord du submersible : « En tant que scientifique spéléologue, rien ne vaut le frisson de regarder à travers le hublot d’observation de ses propres yeux, d’absorber la beauté brute des fonds marins et de sentir cette étincelle d’inspiration s’allumer ».

Les scientifiques ont concentré leurs observations sur des environnements appelés « cold seeps », zones où des gaz s’échappent des sédiments marins. Selon Mengran Du, ils ont utilisé les bras manipulateurs du submersible pour « prélever des échantillons directement ou à l’aide de divers outils (tubes, filets, pistolet à aspiration) ».

François Lallier, professeur à Sorbonne Université, souligne l’originalité de l’engin : « Le submersible chinois est unique au monde, au sens où c’est le seul véhicule habité capable d’aller aussi profondément étudier, photographier, échantillonner les communautés qui vivent, par exemple, dans les fosses ».

Les résultats, publiés dans la revue Nature, révèlent la présence de communautés étendues sur plus de 2 500 kilomètres à ces profondeurs extrêmes. Les chercheurs y ont observé notamment des bivalves et des vers aquatiques, adaptés à la vie dans un milieu froid, sans lumière, et où la nourriture est rare.

La survie dans ces conditions très hostiles s’explique par la chimiosynthèse. Ces organismes exploitent le sulfure d’hydrogène et le méthane libérés par les « cold seeps » pour se nourrir, un mode de vie radicalement différent de celui basé sur la lumière solaire qui prévaut à la surface.

Jusqu’à récemment, ces zones sous-marines profondes restaient en grande partie inexplorées du fait de leur inaccessibilité. Les avancées de la technologie chinoise ouvrent désormais une nouvelle fenêtre sur la vie des abysses et enrichissent la compréhension de la biodiversité des fonds marins.

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