
Les grands modèles de langage comme ChatGPT ont transformé notre façon d’accomplir des tâches intellectuelles depuis la fin 2022. Ces outils offrent rapidité et efficacité pour la recherche d’informations, la rédaction ou la programmation. Cependant, une récente recherche américaine suggère que cette délégation cognitive pourrait présenter des inconvénients inattendus pour notre cerveau.
Des neuroscientifiques du MIT Media Lab ont mené une expérience de quatre mois impliquant 54 adultes entre 18 et 39 ans. Les participants ont été divisés en trois groupes distincts pour produire mensuellement des textes argumentatifs : un groupe ayant accès à ChatGPT, un groupe utilisant uniquement Google, et un groupe travaillant sans aucune assistance numérique.
La méthodologie novatrice de cette recherche reposait sur l’analyse de l’activité cérébrale via électroencéphalogramme durant chaque session d’écriture. Bien que les résultats publiés sur arXiv n’aient pas encore fait l’objet d’une validation par les pairs, les tendances observées méritent une attention particulière et soulèvent des questions importantes.
L’étude révèle une homogénéisation troublante des textes produits par le groupe ChatGPT. Tandis que les autres participants présentaient une grande diversité dans leurs approches et structures argumentatives, ceux recourant à l’IA ont généré des productions remarquablement similaires entre elles, témoignant d’une uniformisation de la pensée.
Les données neuronales collectées montrent une sous-activation progressive des réseaux alpha et bêta chez les utilisateurs réguliers de ChatGPT au fil des mois. Ces zones cérébrales jouent un rôle crucial dans la concentration, l’effort cognitif soutenu, l’attention et le traitement complexe de l’information.
Cette sous-activation suggère une forme d’atrophie cognitive provoquée par la délégation répétée de tâches intellectuelles. Lorsque l’intelligence artificielle assume la charge de la réflexion, le cerveau réduirait progressivement son engagement, suivant le principe neuroscientifique bien connu du use it or lose it.
Les chercheurs du MIT n’appellent pas à abandonner ces outils, mais alertent sur les risques d’une dépendance excessive. L’enjeu central réside dans l’équilibre : bénéficier des avantages de l’intelligence artificielle sans compromettre nos capacités cognitives fondamentales comme l’analyse critique ou la créativité.
Ces découvertes préliminaires nécessitent des études complémentaires sur des populations plus larges et diversifiées. Les enfants et adolescents dont le cerveau est encore en développement pourraient s’avérer particulièrement vulnérables à ce phénomène. À mesure que les assistants IA envahissent l’éducation et le monde professionnel, une réflexion profonde s’impose sur nos choix technologiques.



