
À plus de 3 000 années-lumière de notre planète, une géante gazeuse tourne lentement autour d’une étoile discrète et froide, invisible sans instruments sophistiqués. Cette planète, baptisée AT2021uey b, se trouve hors du système solaire et intrigue les spécialistes par sa localisation inhabituelle.
AT2021uey b, comparable en taille à Jupiter, met plus de onze ans pour accomplir un tour complet autour de son étoile, une naine rouge bien plus froide que notre Soleil. Cette lenteur orbitale attire d’autant plus l’attention des astronomes, curieux de comprendre sa formation.
Le véritable intérêt pour AT2021uey b réside dans la région où elle évolue, à la périphérie de la Voie lactée. Cette zone galactique est qualifiée de « pauvre en métaux », c’est-à-dire qu’elle manque des éléments lourds nécessaires à la naissance de planètes massives, selon les théories classiques.
L’existence même de cette exoplanète bouleverse les attentes des scientifiques, qui pensaient que de tels mondes ne pouvaient exister dans des environnements aussi dépourvus de matériaux lourds. Sa découverte remet en cause certains modèles établis sur la formation des planètes.
Ce n’est pas par observation directe ou par transit que les chercheurs ont identifié cette planète, mais grâce à la microlentille gravitationnelle. Ce phénomène rare, prédit par la relativité générale d’Einstein, permet à la gravité d’un objet de courber la lumière, amplifiant brièvement la luminosité d’une étoile lointaine.
En 2021, un signal très discret a été détecté dans les données du télescope spatial Gaia. Les équipes de l’Université de Vilnius ont analysé ce pic de lumière, confirmant la présence d’une planète massive, 1,3 fois plus lourde que Jupiter, gravitant loin d’une étoile extrêmement froide.
« Ce type de travail requiert beaucoup d’expertise, de patience et, franchement, un peu de chance », explique Marius Maskoliūnas, astronome et co-auteur de l’étude publiée en mai 2024. Le phénomène de microlentille, très rare, ne survient que lors d’un alignement presque parfait entre les astres concernés.
Pour valider leur découverte, les astronomes ont confronté les données recueillies par Gaia à des observations faites depuis l’observatoire Molėtai en Lituanie. La concordance des résultats a permis d’écarter les autres explications possibles et d’identifier l’ombre gravitationnelle d’une planète.
L’arrivée d’AT2021uey b sur la scène scientifique rappelle combien la diversité des systèmes planétaires est plus vaste que ce que l’on imaginait à l’origine. « À mesure que les données s’accumulaient, nous avons appris que de nombreux types de systèmes planétaires sont totalement différents du nôtre », précise Edita Stonkutė, responsable du projet de microlentilles.
La microlentille gravitationnelle ouvre la voie à la découverte de mondes qui échappent aux méthodes traditionnelles. Ces planètes lointaines, froides et silencieuses, n’émettent ni lumière ni chaleur perceptible, mais laissent parfois une trace éphémère de leur passage.
« Imaginez un oiseau qui vole devant vous. Vous ne le voyez pas, mais vous voyez son ombre, et cela suffit pour deviner sa forme et sa trajectoire », illustre Marius Maskoliūnas. Grâce à cette technique, les astronomes peuvent aujourd’hui détecter des objets jusque-là insaisissables et enrichir notre compréhension de la diversité planétaire.



