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Une étude explique enfin pourquoi les femmes jouissent moins que les hommes

Aliou Sembène

La différence de fréquence de l’orgasme entre hommes et femmes dans les relations hétérosexuelles intrigue les chercheurs depuis plusieurs années. Contrairement à une idée reçue, ce n’est pas la biologie qui explique ce phénomène, mais plutôt des facteurs sociaux et culturels profondément ancrés.

Des chiffres récents confirment ce constat. Une étude menée en 2022 auprès de plus de 2 000 Canadiens indique que 86 % des hommes ont eu un orgasme lors de leur dernier rapport, contre 62 % des femmes. Cette tendance se retrouve dans d’autres travaux, avec un écart persistant d’environ 30 points.

Les analyses montrent que le plaisir féminin reste souvent relégué au second plan. Selon une étude de 2005, 91 % des hommes atteignent régulièrement l’orgasme lors des rapports hétérosexuels, alors que ce chiffre tombe à 39 % pour les femmes. Même si une légère amélioration est observée, l’écart demeure important.

La cause principale de ce déséquilibre réside dans le manque de stimulation du clitoris. Les chercheurs rappellent que “96 % des femmes affirment que la stimulation clitoridienne, seule ou associée à la pénétration, est leur moyen le plus sûr d’atteindre l’orgasme. Seules 4 % y parviennent par la pénétration seule.” Cette réalité contraste avec la norme culturelle dominante.

Dans la société, la pénétration vaginale est souvent considérée comme l’acte sexuel “complet”, tandis que les autres pratiques sont reléguées au rang de “préliminaires”. Cette vision, présente dans les médias et l’éducation, valorise avant tout l’orgasme masculin, laissant celui des femmes optionnel ou accessoire.

Face à cette norme, de nombreuses femmes finissent par simuler leur plaisir. Les études estiment que “entre 53 % et 85 % des femmes ont déjà simulé un orgasme, souvent par peur de paraître ‘trop exigeantes’.” Cette tendance traduit une pression sociale à privilégier le plaisir de l’autre au détriment du sien.

Le concept d’“écart de recherche d’orgasme” éclaire ce phénomène. Il désigne le fait que “les hommes se focalisent avant tout sur leur propre orgasme, tandis que les femmes… aussi.” Cette double attention portée au plaisir masculin rend le plaisir féminin invisible, voire secondaire, dans la dynamique du couple.

Les normes sociales et de genre pèsent également sur la perception des pratiques sexuelles. Certaines femmes expriment une gêne à utiliser des sextoys ou à demander du sexe oral, estimant ces pratiques “sales” ou “contre-nature”. Ce sentiment de honte, issu d’une éducation hétéronormative, rend l’accès à l’orgasme plus difficile.

Selon les chercheurs, “même dans les moments les plus intimes, les comportements restent influencés par des rôles genrés : la masculinité est associée à la performance, la féminité à la retenue.” Ce déséquilibre d’investissement dans la recherche du plaisir explique en partie l’ampleur du fossé orgasmique.

Pour réduire cette inégalité, les spécialistes recommandent de repenser les dynamiques sexuelles. Il s’agit, selon la doctorante Carly Wolfer, de viser “une équité dans l’intention et l’attention portées au plaisir de l’autre”, et non une simple égalité quantitative des orgasmes.

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