Animaux

Cette étude va changer votre perception des primates

Esteban Ortega

Une récente publication remet en question l’idée courante selon laquelle les mâles dominent systématiquement chez les primates. Selon une équipe internationale de chercheurs, les relations de pouvoir entre mâles et femelles chez ces animaux s’avèrent bien plus complexes qu’on ne le pensait jusqu’ici.

La primatologue Elise Huchard, première autrice de l’étude, explique à l’AFP : “Pendant longtemps, on a eu une vision complètement binaire de la question: on pensait qu’une espèce était soit dominée par les mâles, soit par les femelles, et que c’était un trait fixe. Assez récemment, cette idée a été remise en question par des études qui ont montré que c’était beaucoup plus compliqué que ça”.

Les scientifiques ont ainsi analysé les résultats de multiples recherches portant sur 253 populations de primates, comprenant 121 espèces différentes. Ils se sont penchés sur les signes hiérarchiques comme les agressions, les menaces ou les comportements de soumission, afin de mieux comprendre la dynamique des groupes.

Leur analyse révèle que les interactions conflictuelles entre mâles et femelles sont beaucoup plus fréquentes qu’on ne l’imaginait. Plus de la moitié des confrontations observées impliquent un individu de chaque sexe, remettant en cause l’idée d’une domination masculine quasi universelle.

Une domination masculine stricte, où les mâles remportent l’immense majorité des affrontements, n’a été constatée que dans 17% des espèces étudiées. Dans 13% des cas, ce sont au contraire les femelles qui dominent, comme chez certains lémuriens. La plupart du temps, cependant, les victoires se partagent entre les deux sexes.

L’étude précise que la supériorité physique des mâles, notamment leur taille ou la puissance de leurs canines, favorise souvent leur domination, surtout chez les espèces terrestres. À l’inverse, lorsque les femelles contrôlent davantage la reproduction, leur position hiérarchique s’en trouve renforcée.

Chez les babouins, par exemple, les femelles connaissent une période d’ovulation visible, qui attire la surveillance rapprochée des mâles. Mais chez les bonobos, comme le souligne Elise Huchard, “ce gonflement des tissus n’est pas fiable. Les mâles ne savent jamais quand elles ovulent ou pas. Du coup, elles peuvent s’accoupler avec qui elles veulent et quand elles veulent beaucoup plus facilement”.

La dominance des femelles apparaît aussi plus souvent dans les sociétés où elles se livrent à une compétition intense, notamment lorsque les mâles participent aux soins des petits. Dans ces cas, la monogamie tend à se développer en lien direct avec le pouvoir des femelles sur la reproduction.

Quant à savoir si ces résultats sont applicables à l’espèce humaine, la chercheuse reste prudente. Elle estime que nos différences physiques et la diversité de nos systèmes d’accouplement “ne sont pas forcément très déterministes” pour les rapports entre hommes et femmes. “Ces résultats corroborent assez bien ce qu’on sait des relations entre hommes et femmes chez les chasseurs-cueilleurs, qui sont plus égalitaires que dans les sociétés d’agriculteurs qui sont apparues ultérieurement”, conclut-elle, insistant sur la nécessité d’une approche interdisciplinaire pour mieux comprendre ces questions.

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