
À partir de novembre 2023, les milices houthies du nord-ouest du Yémen ont ciblé les navires franchissant le détroit de Bab el-Mandeb, voie stratégique essentielle reliant l’Europe à l’Asie via le canal de Suez. Cette campagne d’attaques a provoqué une réaction immédiate du commerce maritime. Les armateurs ont préféré dévier leurs trajets vers une route alternative nettement plus longue, celle contournant le cap de Bonne-Espérance, abandonnant progressivement la mer Rouge.
Les chercheurs publiant leurs conclusions dans l’European Geosciences Union ont observé une augmentation significative du trafic maritime dans l’Atlantique sud-est. Les images satellites révèlent des concentrations accrues de dioxyde d’azote, polluant directement issu des carburants marins. Cette pollution génère régulièrement une formation de stratocumulus, ces couches nuageuses caractéristiques surplombant l’océan.
Avant 2020, ces couches nuageuses dominaient le ciel marin avant l’entrée en vigueur des réglementations de l’Organisation maritime internationale limitant la teneur en soufre des carburants. À partir de janvier 2020, cette protection nuageuse s’est progressivement dissipée, révélant un ciel de plus en plus dégagé. Ce phénomène a créé un rebond thermique inattendu : sans l’écran nuageux atténuant les rayons solaires, la température océanique a augmenté sensiblement, contribuant potentiellement aux canicules marines de 2023 et 2024.
Depuis 2024, le rétablissement du trafic sur la nouvelle route atlantique a paradoxalement fait réapparaître cette couche nuageuse. Bien que les normes de 2020 réduisent les émissions de soufre de quatre-vingts pour cent, le volume massif de navires empruntant maintenant le même corridor suffit à influencer à nouveau la formation nuageuse. La réglementation de l’OMI diminue de soixante-sept pour cent le nombre de gouttelettes dans les stratocumulus.
Au-delà du soufre, d’autres polluants marins façonnent la composition des nuages. Le dioxyde d’azote, émis par les moteurs de propulsion, demeure un facteur significatif sur lequel les normes actuelles n’ont aucune emprise. Ce conflit géopolitique a créé une expérience naturelle unique : une observation réelle des interactions entre navigation commerciale et météorologie, sans artifices de laboratoire ni simulations informatiques, offrant aux scientifiques des données précieuses sur l’impact direct de l’activité humaine sur l’atmosphère.



