
La question de la compatibilité entre recherche scientifique de grande envergure et impact environnemental a été soulevée récemment. Un professeur d’histoire des sciences interroge si la grande science peut être écologique, en pointant particulièrement l’empreinte carbone des accélérateurs de particules et des futurs projets comme le collisionneur circulaire du Cern. Cet appareil, estimé à 16 milliards d’euros, consommerait annuellement entre 400 et 900 kilotonnes d’équivalent CO2, comparable à l’empreinte d’un village de mille habitants.
Les promoteurs des projets Grand et Heron, des expériences de détection de neutrinos cosmiques, estiment nécessaire de clarifier les confusions concernant leurs initiatives. Le projet Heron bénéficie d’une allocation de 14 millions d’euros de la part de l’Europe, dont seulement 4 millions financent l’équipement, le reste couvrant les salaires et frais de fonctionnement. L’empreinte au sol reste minime, chaque antenne occupant moins d’un mètre carré pour détecter les particules rares provenant de l’univers.
Depuis 2019, bien avant ces critiques récentes, les chercheurs du projet Grand ont pris concrètement cette problématique en charge. Ils figurent parmi les pionniers ayant effectué un bilan carbone complet et analysé le cycle de vie de leurs équipements. En collaboration avec des spécialistes, ils ont calculé que le déploiement de dix mille antennes produirait moins de cent voitures de pollution annuellement.
Plusieurs actions pour réduire cet impact ont été identifiées et mises en œuvre. Modifier l’alliage d’acier des antennes diminue leur impact de 66 pour cent. Réduire d’un facteur dix le volume de données limite proportionnellement les émissions. Ces travaux, publiés dans des revues prestigieuses, ont inspiré d’autres expériences et les outils de calcul ont été partagés avec la communauté scientifique.
Face à l’urgence climatique, la communauté scientifique dans toutes les disciplines s’engage activement. Le groupement Labos1point5 rassemble plus de mille six cents laboratoires en France pour développer et tester des solutions concrètes pour réduire l’empreinte environnementale de la recherche, démontrant un investissement collectif et durable.
Sacrifier la recherche fondamentale au contexte géopolitique actuel représente un risque stratégique. La science fondamentale pourrait apporter par sa créativité des solutions aux défis climatiques. Arrêter la chasse aux neutrinos ne sauvera pas la planète, mais l’abandon de ces recherches pourrait compromettre les découvertes futures essentielles.
Plusieurs questions fondamentales demeurent sans réponse dans les critiques formulées. Le projet Heron, financé à hauteur de 4 millions d’euros, constitue-t-il réellement de la grande science? Est-il pertinent de comparer croissance économique et dimensions des instruments scientifiques? Quel représente l’impact réel de ces projets rapporté au nombre de participants comparé à d’autres secteurs industriels? La démarche scientifique exige d’ouvrir des questions, de vérifier les sources et les données avant de proposer un éclairage public.



