
Au Moyen Âge en Europe, les femmes bourgeoises occupent une position particulière dans les villes en pleine expansion. À la fin du XIVe siècle, un Parisien âgé compose un traité destiné à sa jeune épouse de quinze ans, établissant les principes de la gestion domestique. Ce manuel révèle le rôle central des bourgeoises dans la maison.
Quatre copies de ce Ménagier de Paris nous renseignent sur les responsabilités féminines de l’époque. La bourgeoise doit d’abord assurer la prospérité du foyer par une gestion économique rigoureuse. Elle supervise les domestiques, dirige les tâches quotidiennes et œuvre à l’amélioration constante de la richesse familiale. Son autorité domestique s’exerce toujours sous la direction du mari.
Christine de Pizan, philosophe et poète, énonce en 1405 une vision complémentaire des rôles conjugaux. Elle écrit que l’homme acquiert les ressources tandis que la femme les distribue judicieusement. Cette répartition des tâches n’est pas présentée comme inégale mais comme harmonieuse. Le foyer représente une cellule vitale de la société médiévale. Les maîtresses de maison jouissent donc d’un statut valorisant dans cet univers où la demeure constitue le centre de la vie sociale et économique.
L’apparence des bourgeoises revêt une importance capitale pour préserver l’honneur familial. Christine de Pizan insiste sur trois obligations : aimer son mari, gouverner la maison et porter des vêtements convenables. La respectabilité vestimentaire garantit la stabilité sociale du clan. Cette vigilance s’étend au-delà du foyer puisque les autorités urbaines édictent des règles strictes distinguant vestimentairement les femmes honorables des autres. Pour la bourgeoisie, un statut acquis reste fragile et susceptible de déchéance.
Malgré leur ancrage dans l’espace domestique, certaines bourgeoises s’engagent dans le commerce. Devenues veuves, elles héritent de l’activité commerciale de leur époux. Christine de Pizan elle-même, veuve, milite pour que les femmes participent à la gestion des affaires commerciales et puissent les maintenir. Dès le XIVe siècle, des femmes dirigent des établissements et des commerces. Cette participation économique, bien que secondaire, offre aux bourgeoises des perspectives d’autonomie matérielle.



