Santé

D’où viennent les virus ? L’origine animale de la grande majorité des virus affectant l’être humain

Lahcen Senhaji
Diplômé en sciences politiques et en relations internationales, amateur de sciences et d’humanités, et passionné de football, Lahcen Senhaji a obtenu une licence en sciences politiques à l’Université Paris-VIII, ainsi qu’une maîtrise en relations internationales appliquées à l’Amérique latine à l’Institut des Hautes Études de l’Amérique Latine (IHEAL).

Tout au long de l’histoire, l’humanité a coexisté avec des virus et des bactéries qui ont modelé son évolution. Les épidémies virales ne sont pas des phénomènes récents et la communauté scientifique affirme aujourd’hui à l’unanimité que la majorité des virus qui ont existé et qui continuent de circuler ont leur origine dans le monde animal. Ce processus, connu sous le nom de zoonose, permet à un pathogène vivant dans une espèce animale de passer aux humains ; dans de nombreux cas, ce saut peut s’avérer extrêmement dangereux.

Les virus qui circulent entre animaux évoluent pour infecter efficacement leur hôte naturel, qui développe généralement une coexistence plus ou moins équilibrée avec eux. Cependant, lorsque ce virus rencontre une espèce totalement nouvelle — comme l’humaine —, le système immunitaire fait face à quelque chose de complètement inconnu, sans défenses préalables ni anticorps adaptés. Cette absence d’adaptation explique pourquoi certains virus zoonotiques peuvent présenter une létalité très élevée.

Des exemples connus incluent le VIH, originaire de primates non humains, ou des virus comme l’Ébola, associé à des chauves-souris frugivores. Plus récemment, la pandémie de COVID-19 a de nouveau illustré ce phénomène : il s’agit d’un coronavirus similaire à d’autres qui provoquent de simples rhumes, mais avec une variante complètement nouvelle pour l’humain, ce qui a permis sa rapide expansion et la nécessité de vaccins pour en freiner l’impact.

Ce même mécanisme explique l’un des épisodes les plus tragiques de l’histoire humaine : l’arrivée des Européens en Amérique. Les colons ont transporté avec eux des virus et des bactéries courants en Europe — comme le typhus, la variole ou la rougeole —, auxquels les populations américaines n’avaient aucune immunité. Ces maladies, relativement familières dans l’Ancien Continent, sont devenues dévastatrices dans des communautés sans exposition préalable, provoquant une mortalité massive sur tout le continent.

Un corps plein de vie… et de microbes

Les humains comme tous les animaux coexistent avec des millions de bactéries et de virus inoffensifs, voire bénéfiques. En réalité, le microbiote humain est essentiel pour des fonctions comme la digestion ou la défense immunitaire. Notre organisme a évolué pendant des milliers d’années pour s’adapter à ces micro-organismes « habituels », qui font partie de nous.

Mais cet équilibre est fragile : un micro-organisme complètement nouveau peut s’avérer dangereux. C’est pourquoi de nombreuses populations indigènes isolées de la planète sont strictement protégées de tout contact extérieur, leur système immunitaire n’ayant jamais eu l’occasion de se confronter à des virus et bactéries courants dans le reste du monde.

Dans la région amazonienne, par exemple, vivent des groupes comme les Mashco Piro (Pérou), les Yanomami (Brésil et Venezuela) ou les Korubo (Brésil), qui maintiennent un contact minimal ou nul avec la civilisation moderne. Un simple rhume, une grippe saisonnière ou même des bactéries présentes sur la peau humaine pourraient s’avérer potentiellement mortels pour eux. Quelque chose de similaire se produit avec des peuples isolés hors d’Amérique du Sud, comme les habitants de l’île Sentinel du Nord dans l’océan Indien, considérés comme l’une des communautés les plus isolées de la planète. L’expérience historique démontre le risque : n’importe quel virus apparemment inoffensif pour nous pourrait causer un véritable désastre démographique dans ces groupes, comme cela s’est produit sur le continent américain après l’arrivée des Européens.

La peur du dégel : virus oubliés sous la glace

Un autre sujet qui préoccupe les scientifiques est le dégel accéléré de l’Arctique et de régions reculées de Sibérie. La fonte de la banquise pourrait libérer des virus et des bactéries piégés dans la glace depuis des milliers d’années, totalement inconnus du système immunitaire humain actuel. Bien qu’aucun risque immédiat n’ait été démontré, cette possibilité existe et fait l’objet de recherches : un pathogène ancien, libéré après des siècles de congélation, pourrait représenter un défi pour lequel notre organisme n’est pas préparé.

En définitive, le fait que les virus proviennent du monde animal n’est ni nouveau ni exceptionnel. C’est un phénomène normal, documenté et largement accepté par la communauté scientifique. L’histoire humaine, des premiers groupes nomades à la pandémie la plus récente, démontre que les virus évoluent, changent d’hôte et peuvent devenir des menaces lorsqu’ils rencontrent un organisme qui n’a jamais eu de contact avec eux. La clé reste la même que depuis des millénaires : comprendre leur origine, anticiper les risques et renforcer la surveillance scientifique.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page
Fermer