Animaux

L’incroyable secret de la longévité des chauves-souris enfin révélé par une étude

Annabelle Chesnu

Les chauves-souris, malgré une espérance de vie moyenne de 3 à 4 ans, peuvent vivre jusqu’à 35 ans sans développer de cancer. Cette longévité intrigante dépasse de 3,5 fois ce que leur taille corporelle laisserait prévoir. En conséquence, elles sont devenues des modèles d’étude privilégiés pour percer les secrets de la longévité.

Des chercheurs de l’Université de Rochester se sont concentrés sur quatre espèces de chauves-souris dotées de défenses anticancéreuses particulièrement efficaces. Ces investigations visent à élucider les mécanismes biologiques qui leur permettent de résister à cette maladie. Les résultats ont été publiés dans la revue Nature Communications.

Selon le paradoxe de Peto, les grands animaux devraient être plus susceptibles au cancer, car leur taille et leur longévité impliquent un plus grand nombre de cellules. Cependant, il n’existe aucune corrélation évidente entre ces facteurs chez différentes espèces. Cela suggère l’existence de mécanismes évolutifs spécifiques qui minimisent ce risque.

Le cancer résulte d’une multiplication incontrôlée de cellules due à des mutations dans l’ADN. Ces mutations, qu’elles soient causées par l’environnement, des erreurs naturelles ou des facteurs héréditaires, peuvent conduire à la formation de tumeurs. Ces dernières peuvent envahir les tissus voisins ou se propager, entraînant des métastases.

Frédéric Thomas, du CNRS et du CREEC de Montpellier, évoque trois mécanismes de défense contre le cancer. Le premier consiste à réparer l’ADN défectueux. Une autre approche empêche la prolifération des cellules, développant ainsi des mécanismes pour vivre avec une tumeur sans qu’elle ne se propage.

Les chauves-souris, bien que peu efficaces pour réparer leur ADN, éliminent les cellules cancéreuses grâce à une version améliorée du gène p53. Elles possèdent deux copies de ce gène, augmentant l’activité de la protéine associée, qui détruit les cellules dangereuses par apoptose. Cependant, une activité trop élevée peut également nuire aux cellules saines.

Pour pallier ce déséquilibre, les chauves-souris disposent d’un système immunitaire amélioré et d’une enzyme appelée télomérase, qui permet une prolifération cellulaire indéfinie. Ce mécanisme favorise la régénération tissulaire et contribue à leur longévité en maîtrisant l’inflammation et en combattant les maladies liées à l’âge.

Les chercheurs comparent ces mécanismes à ceux des éléphants, qui possèdent 20 copies du gène p53, contre une seule chez l’humain. Cela explique leur résistance exceptionnelle au cancer. Des traitements anticancéreux ciblant l’activité de p53 sont déjà en développement, mais leur efficacité chez l’humain reste à confirmer.

Vera Gorbunova suggère que l’augmentation contrôlée de l’enzyme télomérase pourrait également être bénéfique pour traiter le cancer chez l’homme. Des études sur des individus à longévité exceptionnelle explorent actuellement les gènes et facteurs épigénétiques qui favorisent cette résistance, ouvrant la voie à de nouvelles perspectives thérapeutiques.

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