Animaux

Les marsupiaux australiens réapprennent progressivement à survivre face à la révolution écologique en cours

Romain Mazzotti

Au cœur de l’outback australien, une expérience scientifique novatrice vise à inverser un siècle de déclin écologique. Des chercheurs tentent de réapprendre aux marsupiaux à cohabiter avec les chats harets, prédateurs dévastateurs introduits par l’homme. Cette approche révolutionnaire s’oppose aux stratégies classiques d’éradication et pourrait transformer la conservation de la faune australienne.

Dans le parc national de Sturt, en Nouvelle-Galles du Sud, une zone de 100 kilomètres carrés sert de terrain d’apprentissage contrôlé. Deux enclos totalement exempts de félins constituent des réserves initiales, tandis que l’espace principal expose volontairement les animaux à une faible densité de chats. Cette exposition progressive permet aux marsupiaux de développer des comportements de prudence essentiels à leur survie dans des conditions réelles mais maîtrisées.

Le projet Wild Deserts, supervisé par le Centre for Ecosystem Science de l’Université de Nouvelle-Galles du Sud, a déjà montré des résultats encourageants. Grâce à des dispositifs de détection spécifiques des chats et à une régulation active du terrain, la population féline a été réduite à environ trois individus pour dix kilomètres carrés. Ce chiffre contraste fortement avec les zones environnantes, où vivent environ dix fois plus de chats. Ces derniers causeraient plus de deux milliards de morts animales chaque année en Australie.

Depuis 2024, des espèces menacées ont été réintroduites dans cette zone semi-ouverte : chats marsupiaux de Geoffroy, bilbies et bandicoots dorés. Les résultats initiaux s’avèrent prometteurs, avec des observations montrant plus de marsupiaux que de prédateurs. Les animaux relâchés se sont dispersés et ont produit une nouvelle génération, naturellement accoutumée à évoluer dans un environnement dangereux.

Les chercheurs supposent que ces marsupiaux développeront à la fois un apprentissage comportemental et une évolution rapide face aux chats. Des études antérieures ont déjà documenté des transformations physiques chez les bilbies exposés aux prédateurs, notamment des pieds plus grands facilitant l’échappée. Ces lignées plus rapides et plus prudentes pourraient constituer une base pour futures réintroductions dans des zones plus larges.

Au-delà de leur survie, ces petits marsupiaux jouent un rôle écologique crucial. En creusant, ils façonnent les sols et créent des dépressions où l’eau s’accumule et les graines germent. Les zones protégées des chats montrent déjà une explosion de la végétation locale. Cette approche innovante propose une nouvelle vision de la conservation : adapter les proies indigènes aux prédateurs introduits plutôt que de chercher l’éradication totale.

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