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Les mesures anti-pollution chinoises ont paradoxalement intensifié le réchauffement climatique mondial, voici pourquoi

Annabelle Chesnu

Durant une dizaine d’années, la Chine a appliqué des politiques environnementales pour combattre la pollution atmosphérique urbaine. Ces initiatives ont effectivement fonctionné et purifié l’air des grandes villes. Cependant, elles ont involontairement modifié l’équilibre énergétique de la planète en affectant le bilan radiatif terrestre, c’est-à-dire la différence entre l’énergie solaire reçue et celle renvoyée vers l’espace.

Les grandes métropoles chinoises souffraient autrefois d’un épais brouillard grisâtre appelé smog, résultant d’une pollution atmosphérique extrêmement intense. Ce phénomène réduisait drastiquement la visibilité et affectait la qualité de vie. Aujourd’hui, des villes comme Delhi, Lahore et Jakarta connaissent des problèmes similaires. Grâce à ses mesures volontaristes, la Chine a réussi à éliminer ce fléau urbain de son territoire.

La réduction massives des émissions de soufre constituait l’une des actions les plus efficaces. Le soufre provenait de la combustion du charbon dans les nombreuses centrales thermiques et usines industrielles chinoises. Depuis les années 1980, ces rejets saturaient l’atmosphère des villes de particules toxiques. Paradoxalement, ces particules soufrées formaient des aérosols sulfatés, minuscules nanoparticules qui reflétaient la lumière solaire vers l’espace, créant un «effet parasol» refroidissant la planète.

La disparition de ces aérosols sulfatés constitue désormais l’une des causes majeures de l’accélération du réchauffement climatique observée depuis presque une décennie. Selon les modèles climatiques, ce réchauffement additionnel se situe entre 0,05 et 0,10°C depuis 2015. Ce phénomène s’observe également dans d’autres régions industrialisées comme l’Europe, l’Amérique du Nord et le Japon, bien qu’à moindre échelle.

En 2013, la Chine a connu un épisode catastrophique de smog surnommé l’«airpocalypse», le plus meurtrier depuis celui de Londres en 1952. Pékin était particulièrement frappée, mais la crise s’étendait à l’échelle nationale. La situation sanitaire était critique avec débordement des hôpitaux et augmentation des maladies respiratoires, notamment chez les enfants. Les études d’impact projettent des millions de décès prématurés.

Confrontée à cette urgence sanitaire, la Chine a choisi de réduire les émissions industrielles pour protéger sa population. Le gouvernement a modernisé les infrastructures industrielles en installant des systèmes de désulfuration dans les centrales à charbon. Il a également interdit les carburants à haute teneur en soufre et renforcé les normes antipollution. Les concentrations de particules fines ont baissé de 40 %, éliminant 20 millions de tonnes de soufre atmosphérique.

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