Civilisations

Les origines égyptiennes de la consommation d’opium remontent à des millénaires selon une découverte de Yale

Hamza Chouraqui

L’université de Yale mène un programme de recherche pluridisciplinaire appelé Yale Ancient Pharmacology Program. Ce projet examine comment les civilisations anciennes utilisaient les plantes, minéraux et substances naturelles à des fins médicales, spirituelles, rituelles et sociales. Les chercheurs développent des méthodes innovantes pour étudier les résidus organiques présents dans les artefacts archéologiques.

Une découverte remarquable concerne un vase en albâtre égyptien conservé à la Yale Babylonian Collection. Cette pièce de 22 centimètres porte des inscriptions en quatre langues anciennes dédiées au roi Xerxès Ier, qui régna sur l’Empire achéménide entre 486 et 465 avant notre ère. Le vase pouvait contenir environ 1200 millilitres de liquide. De tels récipients en calcite, fabriqués en Égypte, servaient probablement aux échanges diplomatiques ou aux usages réservés à l’élite.

L’analyse chimique du vase a révélé des composés caractéristiques de l’opium. Les chercheurs ont utilisé la chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse pour examiner les résidus microscopiques. Cinq alcaloïdes du pavot à opium ont été identifiés : morphine, noscapine, thébaïne, papavérine et hydrocotarnine. Ces découvertes confirment l’usage ancient de préparations opiacées en Égypte et dans les régions voisines.

Des découvertes parallèles renforcent cette hypothèse. Des vases en calcite et des cruches chypriotes trouvés à Sedment, au sud du Caire, contenaient également des résidus d’opiacés. Ces objets séparés par plus d’un millénaire suggèrent une continuité d’usage de l’opium de la Mésopotamie antique à l’Égypte et à la région égéenne. Les textes anciens comme le Papyrus Ebers mentionnent également le pavot.

Ces recherches invitent à reconsidérer les vases découverts dans la tombe de Toutânkhamon en 1922. Un chimiste avait observé une substance collante et brune dans plusieurs récipients sans pouvoir l’identifier. Il est désormais plausible que certains contenaient des préparations opiacées, suffisamment précieuses pour justifier les tentatives de pillage antiques. Les vases pourraient avoir marqué l’importance culturelle et médicale de l’opium dans ces sociétés anciennes.

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