Santé

Des chercheurs révèlent qu’un sport populaire pourrait augmenter le risque d’Alzheimer

Esteban Ortega

La pratique régulière d’une activité physique est reconnue pour ses effets bénéfiques sur la santé cardiovasculaire, la solidité osseuse et le bien-être psychologique. Toutefois, des travaux scientifiques récents soulignent que certains sports pourraient engendrer des séquelles invisibles, perceptibles seulement après plusieurs décennies. Une équipe de chercheurs néo-zélandais s’est penchée sur cette problématique à travers une étude publiée dans Springer Nature.

En analysant les données de milliers d’anciens sportifs, les scientifiques ont mis en évidence une corrélation préoccupante entre la pratique assidue d’un sport très populaire et l’apparition de maladies neurodégénératives, telles que la démence.

Rugby et risques accrus de maladies neurodégénératives

L’enquête, menée par l’Université d’Auckland, a suivi près de 13 000 hommes ayant évolué au rugby à un niveau provincial ou supérieur entre 1950 et 2000. Ces résultats ont été comparés à ceux de 2,4 millions d’hommes néo-zélandais issus de la même tranche d’âge et du même contexte démographique.

L’objectif principal consistait à évaluer si une exposition prolongée au rugby pouvait avoir des répercussions sur la santé cérébrale à long terme. Les conclusions sont sans appel : les anciens joueurs présentent un risque de 22 % supérieur de développer une pathologie neurodégénérative, dont la maladie d’Alzheimer, par rapport à la population générale.

Francesca Anns, auteure principale, précise : « Concrètement, sur 1 000 personnes, 65 joueurs ont été touchés contre 52 dans le reste de la population, soit 13 cas supplémentaires par millier sur la période étudiée ».

Facteurs de vulnérabilité chez les joueurs de rugby

L’étude révèle également que le risque n’est pas homogène parmi les joueurs. Le niveau de compétition et la position sur le terrain s’avèrent déterminants dans la probabilité de développer une maladie neurodégénérative. Les professionnels et internationaux sont plus exposés que les amateurs, tandis que les arrières, fréquemment impliqués dans des contacts rapides et violents, semblent davantage concernés que les avants.

La durée de la carrière et le nombre de matchs disputés constituent aussi des facteurs aggravants, suggérant un lien direct entre l’intensité de l’exposition aux chocs et la détérioration cérébrale.

Sports de contact : des conséquences neurologiques similaires

Ces observations s’inscrivent dans une tendance plus large concernant les sports de contact. En Écosse, l’examen post-mortem de 31 cerveaux d’anciens joueurs de rugby a révélé que 68 % présentaient des signes d’encéphalopathie traumatique chronique (ETC), pathologie progressive liée aux traumatismes crâniens répétés.

Aux États-Unis, une étude menée sur 130 boxeurs et combattants de MMA, publiée dans Neurology, a mis en évidence des altérations cérébrales et cognitives progressives, souvent annonciatrices d’ETC.

Les recherches convergent vers un constat : les impacts répétés à la tête, même espacés sur plusieurs décennies, fragilisent durablement le cerveau.

Prévention et adaptation des pratiques dans le rugby

Face à ces données, les experts recommandent de limiter les impacts crâniens dès l’entraînement, d’assurer un suivi médical rigoureux des commotions cérébrales et de sensibiliser les joueurs aux risques à long terme. Des mesures concrètes émergent : réduction de la hauteur des plaquages, dispositifs connectés pour mesurer les chocs chez les athlètes d’élite, et formations spécifiques sur la sécurité cérébrale.

Cette étude met en lumière les effets différés du rugby et des sports de contact. Comprendre la réaction du cerveau aux chocs répétés permet d’envisager des pratiques plus sûres, tout en préservant l’essence du jeu.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page
Fermer