
À première vue, le désert de Platé en Haute-Savoie évoque un paysage lunaire, mais il rappelle aussi certains sites emblématiques comme les Badlands du Dakota, les reliefs de Cappadoce ou les hauts plateaux tibétains. Ce territoire minéral, en contraste saisissant avec les pâturages voisins, constitue un véritable laboratoire naturel pour l’étude de la géologie alpine. Depuis 1998, il bénéficie du statut de réserve naturelle nationale, soulignant ainsi son importance patrimoniale et scientifique.
Le plateau de Platé s’est formé au fil de centaines de millions d’années. Jadis, il reposait sous les eaux d’une mer tropicale, il y a environ 135 millions d’années. Les calcaires qui composent aujourd’hui ce désert ont été façonnés par l’action conjointe du vent, de la glace et de l’eau, donnant naissance à un chaos rocheux unique. Les lapiaz, ces entailles profondes qui zèbrent la surface, résultent d’une lente érosion du calcaire par des pluies acides, certaines failles atteignant plusieurs mètres de profondeur et révélant l’intimité de la roche alpine.
Le désert de Platé conserve également les cicatrices de la dernière glaciation. Il y a 20 000 ans, d’imposants glaciers recouvraient la région, modelant le relief de façon spectaculaire. Moraines et stries glaciaires demeurent visibles, témoignant de cette époque où la glace dominait le paysage. Ce site offre ainsi un panorama exceptionnel sur l’évolution climatique des Alpes.
Histoire géologique et patrimoine naturel du désert de Platé
Au Moyen Âge, les bergers utilisaient déjà le plateau comme pâturage d’altitude. L’intérêt scientifique pour ce site s’est affirmé au XIXe siècle, lorsque les chercheurs commencèrent à étudier la formation des lapiaz. L’isolement du désert de Platé en fit également un refuge stratégique durant la Seconde Guerre mondiale, sans pour autant interrompre les activités pastorales traditionnelles. Aujourd’hui, il demeure un terrain d’investigation pour les géologues et un espace de contemplation pour les amateurs de randonnée.
Le plateau de Platé se distingue aussi par sa biodiversité, malgré des conditions de vie extrêmes. Le bouquetin des Alpes règne sur les crêtes, tandis que l’aigle royal survole majestueusement les falaises à la recherche de proies. Le tichodrome échelette, reconnaissable à ses ailes rouge vif, anime les parois rocheuses. La flore, quant à elle, s’exprime par la présence d’orchidées, de gentianes, de fougères et de plantes rares comme la pensée à deux fleurs, le cresson de chamois ou la renoncule alpestre, qui prospèrent dans les creux humides où l’humus s’accumule.
Biodiversité et pratiques pastorales sur le plateau karstique
Le désert de Platé, avec son relief karstique, reste un lieu de passage pour les troupeaux et les bergers, perpétuant des traditions pastorales séculaires. La cohabitation entre activités humaines et préservation de la nature y est exemplaire, offrant un modèle d’équilibre entre exploitation et conservation.
Pour accéder à ce site d’exception, plusieurs itinéraires s’offrent aux visiteurs : randonnée depuis Plaine-Joux, à 28 km de Chamonix, avec une halte possible au refuge de Platé, ou bien depuis Flaine, à 24 km de Samoëns, via le téléphérique des Grandes Platières. La période estivale et le début de l’automne sont recommandés pour profiter pleinement du plateau, loin de la neige persistante.
Accès, saisonnalité et informations pratiques sur le désert de Platé
- Situation : désert de Platé (Haute-Savoie)
- Accès : randonnée depuis Plaine-Joux ou Flaine
- Période conseillée : été et début d’automne



