
La pollution de l’air demeure une problématique majeure de santé publique, causant chaque année des centaines de milliers de décès à l’échelle mondiale. En France, une équipe de chercheurs explore une nouvelle voie pour quantifier cette menace invisible. Leur proposition : un indice novateur, le « potentiel oxydant », destiné à mieux cerner les effets délétères des particules fines sur l’organisme.
Jusqu’à présent, la surveillance de la qualité de l’air repose principalement sur l’Indice de Qualité de l’Air (IQA) et l’Indice ATMO, qui évaluent la concentration de polluants tels que le dioxyde d’azote (NO2) et les particules fines (PM). Ces dernières sont classées selon leur diamètre et leur masse, notamment les PM10 (inférieures à 10 micromètres) et PM2,5 (inférieures à 2,5 micromètres). Cependant, ces approches présentent des limites notables, comme le soulignent des géochimistes de l’atmosphère dans une publication récente de The Conversation.
Les chercheurs de l’Institut de recherche pour le développement (IRD), dont les travaux ont été relayés dans Nature, rappellent que les particules fines pénètrent profondément dans les voies respiratoires, altérant le fonctionnement pulmonaire. Si la taille et la fréquence d’exposition sont cruciales, elles ne suffisent pas à caractériser l’ensemble du risque. Les particules proviennent aussi bien d’activités humaines que de sources naturelles, telles que les volcans, les forêts ou les embruns marins.
Potentiel oxydant : un nouvel indicateur pour la pollution atmosphérique
L’ambition des géochimistes est d’enrichir la compréhension des propriétés physiques et chimiques des particules, mais également d’évaluer leur impact réel sur la santé. Le potentiel oxydant, nouvel indice proposé, permet de mesurer le « stress oxydatif » dans les poumons. Ce phénomène traduit un déséquilibre entre les antioxydants protecteurs et les espèces réactives de l’oxygène générées lors de l’inhalation de particules. Un excès de stress oxydatif peut provoquer l’inflammation et la mort cellulaire pulmonaire, processus impliqué dans de nombreuses pathologies respiratoires et cardiovasculaires.
Pour établir la pertinence de ce nouvel indice, les scientifiques ont rassemblé près de 11 500 mesures de potentiel oxydant sur plus de quarante sites européens. Leurs analyses révèlent que le trafic routier et le chauffage au bois constituent les principales sources de stress oxydatif. Le trafic, omniprésent, connaît des pics lors des périodes de vacances scolaires ou selon les jours de la semaine. Quant au chauffage au bois, il contribue fortement au stress oxydatif durant la saison froide, et dans une moindre mesure, lors des barbecues estivaux.
Différences régionales et pertinence du potentiel oxydant
Les résultats mettent en lumière des disparités marquées entre zones urbaines et rurales, ainsi que des spécificités liées à la topographie ou à la localisation géographique. Certaines régions, peu exposées à des émissions locales, subissent néanmoins l’influence de phénomènes météorologiques, comme le transport de poussières sahariennes. Le potentiel oxydant s’avère ainsi plus discriminant que la simple mesure de la masse particulaire.
À ce jour, aucun protocole standardisé n’existe pour quantifier le stress oxydatif, ce qui explique la diversité des mesures compilées par les chercheurs. Toutefois, la situation pourrait évoluer rapidement. Le potentiel oxydant fait désormais l’objet d’une recommandation pour la future directive européenne sur la qualité de l’air, attendue d’ici la fin 2024.



