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Une espèce invasive menace les îles Galápagos et suscite l’inquiétude des habitants

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Les îles Galápagos, reconnues mondialement pour leur biodiversité unique, font face à une nouvelle menace biologique. Depuis peu, la grenouille arboricole de Fowler (Scinax quinquefasciatus) s’est imposée comme une espèce invasive majeure, bouleversant un équilibre écologique jusque-là préservé. Jusqu’à l’arrivée de cet amphibien, aucun représentant de ce groupe n’avait colonisé l’archipel, ce qui suscite aujourd’hui une vive inquiétude parmi les experts et les résidents locaux.

L’introduction de cette grenouille remonte à la fin des années 1990, lorsque des individus venus du continent sud-américain auraient discrètement traversé l’océan à bord de navires de fret. Depuis, leur expansion s’est accélérée, notamment sur les îles d’Isabela et de Santa Cruz, où leur présence est désormais massive. Les scientifiques estiment que la population pourrait atteindre plusieurs centaines de milliers d’individus, une progression fulgurante qui reste difficile à quantifier précisément.

Pour tenter d’évaluer l’ampleur de cette invasion, la biologiste Miriam San José, affiliée à la station de recherche Charles-Darwin, a mené une opération de capture-marquage-recapture. Les résultats ont révélé une densité impressionnante : « Nos estimations sont encore très prudentes. Je suis presque sûre qu’il y en a beaucoup plus », a-t-elle confié à The Guardian. Certaines zones humides abriteraient jusqu’à 6 000 grenouilles, rendant la tâche de recensement particulièrement ardue.

Expansion rapide de la grenouille invasive et nuisances sonores aux Galápagos

La prolifération de la grenouille de Fowler ne passe pas inaperçue. Le vacarme nocturne généré par ces amphibiens est devenu un véritable fléau pour les habitants. Les scientifiques utilisent des enregistreurs pour suivre la propagation de l’espèce, mais pour les riverains, le phénomène est source de désagrément quotidien. « La quantité de grenouilles et le bruit, c’est vraiment fou », témoigne la chercheuse. Jadira Larrea Saltos, productrice de café à Santa Cruz, partage son exaspération : « Pendant la saison humide, j’entends constamment leurs cris, et ils sont vraiment forts », rapporte-t-elle dans The Guardian.

Au-delà des nuisances sonores, la présence massive de cette espèce soulève des interrogations majeures sur l’avenir de la faune locale. Les chercheurs redoutent un impact profond sur la chaîne alimentaire. Selon une étude publiée en 2020, les grenouilles consomment de grandes quantités d’insectes rares, parfois endémiques, menaçant ainsi la survie de certaines espèces locales et réduisant les ressources alimentaires pour d’autres animaux, notamment les oiseaux.

Risques écologiques et défis de gestion des espèces invasives

Les conséquences pourraient s’étendre à la pollinisation, processus déjà fragile sur les îles. L’écologue María del Mar Moretta-Urdiales, citée par The Guardian, souligne que le régime alimentaire des grenouilles comprend de nombreux papillons de nuit, essentiels à la reproduction de plusieurs plantes endémiques. La perturbation de ces interactions pourrait avoir des répercussions en cascade sur l’ensemble de l’écosystème.

La grenouille de Fowler présente également des comportements atypiques pour un amphibien. Certaines populations s’adaptent à des eaux saumâtres, tandis que la durée de la métamorphose varie considérablement. Miriam San José rapporte : « Nous avons observé un têtard qui est resté dans notre laboratoire pendant six mois », illustrant la plasticité de l’espèce face aux conditions locales.

Les tentatives de contrôle menées dans les années 2000, telles que la capture manuelle ou la modification de la salinité des lagunes, se sont soldées par des échecs. Les alternatives, comme l’utilisation de café ou de décharges électriques, sont jugées trop risquées pour la faune endémique. Le financement de la lutte contre les espèces introduites demeure un défi majeur. Miriam San José constate : « Tout le monde veut financer la préservation des grenouilles. Mais il est plus difficile d’obtenir des fonds pour une espèce introduite qu’on cherche à maîtriser ».

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