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La biodiversité végétale du Kilimandjaro menacée, les jardins ancestraux sont-ils une solution ?

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Le massif du Kilimandjaro, sommet emblématique de l’Afrique, se distingue non seulement par sa stature géographique, mais aussi par son rôle crucial dans la préservation de la biodiversité mondiale. Ce volcan isolé, ceinturé de forêts, abrite une mosaïque d’écosystèmes uniques et une faune remarquable, dont de nombreuses espèces menacées selon l’UNESCO.

La richesse floristique du Kilimandjaro demeure pourtant méconnue du grand public. Parmi ses joyaux botaniques figurent le lobélia géant (Lobelia deckenii), l’immortelle (Helichrysum kilimanjari) ou encore le genévrier d’Afrique. Cependant, la pression exercée par l’agriculture intensive et l’urbanisation a provoqué la disparition de certaines espèces endémiques.

Les plaines basses, l’un des cinq biomes majeurs du massif, illustrent cette tendance préoccupante. Une étude récente, dirigée par l’université de Bayreuth, révèle une chute de 75 % du nombre d’espèces végétales recensées par kilomètre carré au cours du dernier siècle. Cette érosion rapide de la diversité végétale soulève de vives inquiétudes quant à la résilience des écosystèmes locaux.

Déclin de la biodiversité et pression démographique sur le Kilimandjaro

Le Kilimandjaro offre une palette étendue de services écosystémiques : approvisionnement en eau, bois de chauffage, plantes médicinales, protection contre l’érosion, régulation climatique et dimension spirituelle. La disparition de la majorité des espèces végétales dans les plaines basses impacte profondément l’ensemble de la chaîne écologique. « A un impact profond sur d’autres groupes d’organismes, car les plantes jouent un rôle fondamental dans le fonctionnement des écosystèmes », souligne le Dr Andreas Hemp, auteur principal de l’étude.

L’analyse des causes de ce déclin met en lumière un facteur dominant : la transformation des terres sous l’effet d’une croissance démographique rapide. « Notre étude a permis de démontrer que le changement d’affectation des sols, induit par une croissance démographique rapide, en était le principal facteur », précise le Dr Hemp. Le changement climatique, selon les auteurs, n’a pas encore eu d’effet significatif sur cette dynamique.

Le contraste saisissant entre la diversité écologique et la densité humaine est relevé par le Dr Hemp : « Nulle part ailleurs on ne trouve une telle diversité de climats et de végétation sur une si petite superficie (…) Parallèlement, certaines régions rurales affichent des densités de population atteignant 1 500 habitants par kilomètre carré. Ce contraste est également unique. »

Agroforesterie traditionnelle et résilience écologique

Pour enrayer l’appauvrissement de la biodiversité, les chercheurs préconisent la création d’aires protégées et la valorisation de systèmes agroforestiers traditionnels et diversifiés. Parmi ces modèles, les jardins familiaux de l’ethnie Chagga se distinguent par leur capacité à conjuguer productivité agricole et préservation des écosystèmes.

Ces jardins, structurés « comme une forêt naturelle », associent sous une canopée d’arbres fruitiers et forestiers des cultures de bananes, café, légumes et plantes médicinales. Cette organisation complexe génère un microclimat favorable à la biodiversité, selon les observations de l’équipe scientifique.

Le Dr Hemp estime que ce modèle ancestral pourrait « être transposé à de nombreuses autres zones rurales tropicales afin d’améliorer le bien-être humain et écologique ». La résilience des systèmes agroforestiers traditionnels apparaît ainsi comme une piste prometteuse pour la sauvegarde de la biodiversité végétale du Kilimandjaro.

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